La gazelle de Grant et la gazelle de Thomson

Les Antilopinés

Les Antilopinés regroupent la majorité des Ongulés désignés sous le nom de gazelles. En Afrique de l'Est cette sous-famille comprend les gazelles de Grant et de Thomson ainsi que la gazelle-girafe (gérénouk). Les gazelles ont un corps svelte et gracile. Les membres sont longs et fins. Les cornes annelées sont présentes chez le mâle et la femelle chez les gazelles de Grant et de Thomson et uniquement chez le mâle pour le gérénouk. Les gazelles sont des habitants typiques des zones subdésertiques qu'elles exploitent grâce à de nombreuses adaptations. Leur centre de répartition est la corne d'Afrique de l'Est.

La gazelle de Grant et la gazelle de Thomson

A la saison sèche, lorsque les gnous ont rejoint la réserve de Masaï Mara, les gazelles animent les plaines du Serengeti et habillent les parcs de reflets brun-ocre. Lorsqu'elles bondissent en raidissant tous leurs membres et retombent sur le sol, les quatre pattes en même temps, elles donnent aux savanes un aspect ludique et une impression d'harmonie. De loin, il n'est pas toujours simple de différencier la gazelle de Grant (Gazella granti) de la gazelle de Thomson (Gazella thomsoni) d'autant plus qu'elles forment des troupeaux mixtes lorsque la végétation n'est pas trop sèche. Elles ont toutes les deux un grand cou, des pattes longues, un corps svelte, des cornes annelées en forme de « S » et un pelage homochrome fauve pâle, coupé d'une bande noire sur les flancs. Selon le sexe, l'âge ou l'écotype, cette bande est atténuée et souvent absente chez la gazelle de Grant.

La gazelle de Thomson est une espèce endémique d'Afrique orientale qui habite le sud du Kenya (une population isolée vivrait au sud du lac Turkana), et le nord de la Tanzanie e rarement au- dessous de 600 m d'altitude. Il existe une sous-espèce particulière (albonotata) dans le sud du Soudan qui se différencie par la présence quasi systématique de cornes chez les femelles. La gazelle de Grant est aussi endémique de l'Afrique de l'Est. Elle habite du nord de la Tanzanie jusqu'au sud du Soudan et à l'Éthiopie et de la côte kenyan-ne jusqu'au lac Victoria. Cette répartition n'est pas continue et plusieurs sous-espèces ont été décrites.

La gazelle de Grant est la plus grande. Le mâle mesure de 85 à 95 cm au garrot pour un poids de 55 à 80 kg et la femelle de 80 à 85 cm au garrot pour un poids de 35 à 50 kg. Les mâles, comme les femelles, ont des cornes longues, lyrées et annelées, mais celles du mâle sont plus fortes et plus longues (de 50 à 80 cm pour seulement 30 à 40 cm chez la femelle). Le pelage est court et lisse. La robe est en général ocre à brun roussâtre et le ventre, la gorge, la poitrine, l'intérieur des pattes et les poitrine, sont blancs. Comme la gazelle de Thomson, la gazelle de Grant possède une bande brune ou noire sur les flancs. C'est pourquoi, ces deux espèces sont souvent confondues. Cette rayure est néanmoins souvent moins prononcée chez la gazelle de Grant que chez la Thomson. Elle est parfois absente chez les mâles et, lorsqu'ils en possèdent une, elle s'estompe avec l'âge et disparaît complètement entre 1 et 2 ans. Chez les femelles, elle régresse progressivement entre 2 et 5 ans. On a avancé plusieurs hypothèses sur l'utilité de cette bande : elle servirait de repère pour garder la harde unie, transmettrait l'alarme en faisant vibrer cette ligne à l'approche d'un danger ou permettrait de rompre la silhouette de l'animal, et le rendrait peu visible dans l'air chaud, sur le fond terne de la savane. Dans cette dernière hypothèse, l'animal ne serait plus visible dans son ensemble ce qui déconcerterait les prédateurs. Pourtant, cela ne semble pas gêner le guépard lorsqu'il chasse ces gazelles. La vue et l'ouïe sont particulièrement développées chez ces gazelles.

La gazelle de Thomson est plus trapue, plus « colorée » et beaucoup plus petite. Elle mesure entre 55 cm et 65 cm au garrot pour un poids de 15 à 29 kg. Le pelage est fauve vif sur le dessus. Les flancs sont plus clairs et coupés par une large bande noire, présente chez les deux sexes et qui est gardée tout au long de leur vie.

La gazelle de Grant affectionne les paysages ouverts et, en particulier, les plaines aux herbes grasses comme les pâturages de Masaï Mara et du Serengeti, mais on la rencontre aussi dans les zones plus sèches des p steppes semi-arides (Samburu) du nord du Kenya et de l'Éthiopie. Comme la gazelle de Grant, la Thomson affectionne les prairies grasses à condition que l'herbe n'y soit pas trop haute, mais on la rencontre aussi dans les savanes buissonnantes et en altitude jusqu'à 2500 m. Dans le Serengeti elles se dispersent dans les vastes étendues de l'est du parc où elles se mêlent aux zèbres et aux gnous puis se rassemblent dans les zones à plus forte pluviométrie pendant la saison sèche.

La principale différence biologique entre ces deux espèces de gazelles vient de leur régime alimentaire. La gazelle de Thomson est presque entièrement herbivore et consomme jusqu'à 90 % de graminées. La gazelle de Grant, au contraire, est phyllophage et se nourrit principalement de feuilles de buissons, ingérant ainsi les parties les plus nutritives et juteuses des plantes ce qui lui permet de se passer d'eau. Ses besoins en eau sont souvent couverts par son alimentation.

Ces deux espèces de gazelles supportent ces environnements chauds et déshydratants grâce à la possession de certaines particularités morphologiques et physiologiques. La couleur de leur robe fauve pâle renvoie la chaleur au lieu de l'absorber comme celle des animaux de teinte foncée. Elles sont efflanquées ce qui minimise la surface exposée aux radiations solaires. Le moment de la prise de nourriture revêt aussi une grande importance. Durant la saison sèche, la gazelle de Grant se nourrit principalement à l'aube, au crépuscule et durant la nuit. Les feuilles des arbustes contiennent en effet 1 % d'eau durant la journée, mais absorbent l'humidité de l'air durant la nuit et contiennent alors entre 30 et 40 % d'eau. Aux premières lueurs de l'aube, les animaux bénéficient en outre des fines gouttelettes d'eau de la rosée matinale. De plus, leurs fèces sont déshydratées et ne contiennent que 40 à 50 % d'eau contre 80 % en moyenne pour les Mammifères des régions tempérées. Cela, associé à la production d'une urine très concentrée, leur fait économiser de l'eau.

L'adaptation la plus fantastique de ces gazelles consiste dans leur régulation thermique. Lorsque la température ambiante est comprise à l'ombre entre 40 et 50 °C, leur température corporelle monte jusqu'à 42,5 °C pour la gazelle de Thomson et jusqu'à 46,5 °C chez la gazelle de Grant alors qu'une température de 42 °C est généralement mortelle pour la plupart des Mammifères. La température du cerveau reste cependant toujours inférieure de 3 à 6 °C à la température corporelle maximum La température du sang est ainsi abaissée ce qui permet au cerveau de ne jamais atteindre la température fatidique de 42 °C. Cette adaptation est spécifique aux herbivores des milieux arides et semi-arides comme les oryx, les élands ou les diks-diks. La chaleur solaire n'est pas la seule responsable de l'augmentation de la température corporelle. Lorsque la gazelle de Thomson court 5 minutes à 40 km/h, sa température corporelle passe de 39 à 44 °C rien que par l'échauffement dû à son travail musculaire, ce qui correspond à une augmentation spectaculaire de son métabolisme de base!

Ces gazelles sont grégaires, mais la gazelle de Grant présente un comportement moins social. On rencontre plusieurs types de regroupements : les mâles territoriaux qui veillent sur un groupe de femelles et leur progéniture, les mâles territoriaux solitaires, et les groupes de célibataires sans harem. Après les pluies, lorsque la végétation repart et reverdit, on rencontre plus fréquemment des rassemblements de gazelles de Grant. Les mâles marquent leurs territoires avec leur urine, leurs fèces et les sécrétions de leurs glandes préorbitaires. Si un intrus s'approche des femelles, le mâle territorial le menace puis déclenche l'attaque si celui-ci persiste à vouloir rejoindre les femelles. Lors des combats entre mâles, les gazelles entremêlent leurs cornes, la tête près du sol, et se poussent en effectuant des mouvements tournants. Le plus faible se soumet en général en s'éloignant ce qui évite la plupart du temps des rixes trop sanglantes.

Après une gestation d'environ 6 mois, la femelle donne naissance à 1 petit. La mère lèche le faon, mange le placenta et le cache soigneusement. Elle lui rend visite 3 ou 4 fois par jour pour le faire téter puis le nettoie soigneusement, mange ses excréments et boit son urine ce qui évite d'attirer les prédateurs. Très tôt, les jeunes faons gambadent, zigzaguent et sautent ce qui leur donne un bon apprentissage des techniques de fuite et limite la prédation par les guépards.



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
4 av. Hoche - 75008 Paris
Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR
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