La gazelle girafe

La gazelle girafe qu'on appelle aussi guérénouk ou gérénouk (Litocranius walleri) doit son nom à ses longues pattes grêles et à son cou élancé qui lui confèrent une silhouette gracile. Son nom de gérénouk signifie en langue somali « à cou de girafe ». Les Somaliens refusent d'ailleurs de consommer sa chair parce qu'ils pensent qu'elle est apparentée aux dromadaires (girafes et dromadaires ont d'ailleurs les mêmes ancêtres communs). Le mâle atteint 95 cm à 1,10 m au garrot pour un poids d'environ 45 kg contre 31 kg pour la femelle plus fine et légèrement plus petite. Le mâle se reconnaît aisément, son cou est plus épais et il possède deux cornes épaisses, lyrées et en forme de S dont la femelle est dépourvue. La gazelle girafe est dotée de grands yeux magnifiques et de cils particulièrement longs qui ajoutent à sa grâce. Ces cils drus et denses protègent les yeux des longues épines d'acacias quand elle se nourrit.

La gazelle girafe fréquente les zones arides et semi-arides de l'Éthiopie et de la Somalie jusqu'au parc de Tarangire au nord de la Tanzanie. Sa répartition à l'ouest est limitée par le rift. Il y a 15 000 ans, avant que le Sahara ait l'aspect qu'on lui connaît, elle devait occuper un domaine plus vaste jusqu'à l'Afrique du Nord. On a d'ailleurs retrouvé, dans des tombes égyptiennes, des peintures de gazelles girafes vieilles de 5600 ans.

Comme la girafe, le gérénouk affectionne particulièrement les feuilles d'acacias et plus particulièrement les pousses les plus tendres et les plus hautes. Le gérénouk est un animal phyllophage qui, en principe, se nourrit essentiellement de feuilles inaccessibles aux autres gazelles. C'est la seule gazelle qui ne consomme pas d'herbe. Le gérénouk mange aussi des pousses, des bourgeons, des fruits et des fleurs... Une étude menée à Tsavo a montré que le gérénouk mangeait pas moins de 84 espèces de plantes différentes. Si le régime de cette gazelle est frugal, il lui permet d'ingérer les parties les plus juteuses et les plus nutritives des plantes et de se passer de boire, car elle trouve l'eau en quantité suffisante dans son alimentation. Le gérénouk fréquente parfois des régions très arides.

Durant la saison sèche, les gérénouks se nourrissent d'espèces d'arbustes aux feuillages toujours verts et se rapprochent des points d'eau. Malgré son cou élancé, la gazelle girafe n'atteint pas le feuillage très élevé. Elle augmente sa hauteur, déjà importante, en se dressant sur ses pattes postérieures et se déplace aussi dans cette posture ce qui la distingue de toutes les autres gazelles. Cette pratique est possible à cause des particularités de son squelette, de ses muscles et de sa colonne vertébrale.

Comme les autres gazelles, les oryx, l'éland et les diks-diks, le gérénouk possède un système de refroidissement corporel qui évite que sa température cérébrale n'atteigne les 41-42 °C (p. 57, 319). C'est d'ailleurs dans les parcs les plus arides qu'on peut l'apercevoir : Tarangire en Tanzanie, Tsavo et Amboseli dans la partie méridionale du Kenya, Meru et Marsabit dans le nord du pays, mais c'est à Samburu que l'on rencontre les plus fortes densités.

Cet animal gracieux est sédentaire et territorial. Il vit en petits groupes familiaux composés de quelques mères et de leurs petits surveillé par un mâle, quoique des regroupements comptant jusqu'à 20 animaux puissent être observés. On rencontre aussi des couples et des vieux mâles solitaires ainsi que des groupes de célibataires. Comme beaucoup d'autres gazelles, le gérénouk possède des glandes préorbitales sécrétant un liquide ressemblant à du goudron qu'il dépose sur les brindilles et les buissons pour marquer son territoire. Celui-ci est aussi marqué à l'aide de son urine et de ses excréments. La gazelle girafe vit probablement 10 ans (13 ans maximum en captivité) et atteint sa maturité sexuelle entre 1 an et 1 an et demi.

La femelle met bas après une gestation de 6 mois 1/2 – 7 mois. La mère sèche le nouveau-né en le léchant et mange le placenta ce qui évite d'attirer les prédateurs, puis elle cache son petit et ne revient vers lui que 3 ou 4 fois par jour pour lui donner à téter et manger ses crottes ce qui fait disparaître toute odeur qui pourrait attirer un serval, un ratel, un babouin ou d'autres prédateurs qui sont aussi ceux des parents à savoir : les lions, les léopards, les guépards, les hyènes, les lycaons...



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
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Aquarelles de Jean-Paul MAYER