Le bongo

L'antilope bongo (Tragelaphus euryceros) est une grande et puissante antilope de forêt. Morphologiquement, elle ressemble au guib, mais elle est plus massive. Elle mesure entre 1 mètre et 1,10 m au garrot pour un poids moyen d'environ 300 kg pour le mâle et 240 kg pour la femelle. Le pelage lisse et épais va du châtain roux au brun. La femelle fonce tout au long de son existence.

Le bongo possède de 12 à 14 rayures blanches réparties en général sur les épaules, les flancs et le postérieur ainsi que des marques blanches sur le poitrail, les jambes et les joues. Comme pour le guib harnaché, cet habit lui permet probablement de se confondre avec le milieu. En effet, ces taches se mêlent aux rayons du soleil qui transpercent inégalement le feuillage et font scintiller le sous-bois de mille feux. Les oreilles longues et larges possèdent, elles aussi, une alternance de marques blanches et noires. C'est peut-être un signal visuel qui aide à identifier un congénère dans la forêt, car les bongos ne produisent pas, contrairement à de nombreuses autres antilopes, de sécrétions volatiles (phéromones). Les mâles et les femelles possèdent des cornes spiralées gris brun à brun foncé à pointes jaune clair, mais celles des mâles sont plus épaisses et parfois un peu plus longues que celles des femelles.

Animal farouche et discret, vivant dans les forêts denses, les zones broussailleuses, les îlots forestiers, les forêts-galeries et les forêts de montagne, le bongo est rarement observé. Chez les Pygmées, c'est un animal sacré. Actuellement, l'antilope bongo se fait de plus en plus rare. Elle est surtout présente dans les forêts pluviales de l'Afrique de l'Ouest, dans le bassin du Congo, de la République Centre africaine et jusqu'au Soudan. Au Kenya, elle survit dans les monts Mau, Kikuyu, Eldoma et Kenya, mais s c'est aux Aberdares que leur nombre semble être le plus important avec 500 individus environ. Le bongo suit ici un rythme saisonnier passant la saison chaude (février-mars) en altitude entre 2500 et 3100 mètres et redescend avec la saison humide. Bien qu'essentiellement nocturne, le bongo est actif en fin de journée, à la fraîche, et le matin lorsque le jour se lève. Il se vautre dans la boue puis se frotte contre les troncs.

Dans ces monts, le bongo se nourrit de feuilles, de bourgeons, mais aussi de quelques espèces de bambous notamment Mimulopsis spp. Chez les bambous, tous les pieds fleurissent en même temps, à un intervalle irrégulier de 3 à 10 ans. La plante meurt après la floraison et, lorsqu'elle repousse l'année suivante à partir des graines, elle devient très toxique. C'est pourquoi de nombreux bongos meurent empoisonnés. Ils sont en effet incapables de reconnaître les changements biochimiques intervenus, ce qui leur est fatal et n'arrange pas les problèmes de cette espèce menacée d'extinction. Heureusement, la chasse de cette espèce est très réglementée. Essentiellement phyllophage, il se nourrit principalement de feuilles d'arbres, d'arbustes et de buissons. Lorsqu'il veut attraper l'extrémité de branches où les feuilles sont les plus tendres, il se dresse sur ses pattes postérieures comme le gérénouk.

Le bongo vit en solitaire, en couple, en groupe familial, ou en harde qui atteint exceptionnellement 50 individus comme cela a été le cas dans les Aberdare encore récemment. On rencontre, plus généralement de petits groupes composés d'un mâle, de quelques femelles accompagnées de leurs petits. Mais comme c'est souvent le cas chez la plupart des antilopes, le mâle ne les contraint pas à rester dans le groupe et dans un domaine donné.

Lorsque les mâles atteignent leur maturité sexuelle, ils quittent le groupe maternel et restent seuls ou s'associent souvent à un mâle plus âgé. Les mâles ne rejoignent les femelles que pour l'accouplement. En général, les jeunes mâles s'évitent, mais des confrontations existent. Dans les combats, ils baissent la tête, roulent les yeux et se lancent dans de furieux assauts frontaux. La femelle donne naissance, après une gestation de 9 mois et demi, à un petit qu'elle cache soigneusement pendant une semaine et ne lui rend visite que pour la tétée. Le faon grandit vite; vers trois mois, ses cornes sont déjà visibles et il rejoint les autres jeunes immatures. Dans les Aberdare, on constate un pic de naissance entre octobre et juin.

Le bongo a pour prédateur les lions, les hyènes tachetées (Aberdare), les léopards, les pythons qui s'attaquent aux petits et l'homme qui le chasse pour sa chair en utilisant soit des chiens soit des filets. Dans ce dernier cas, un filet est déroulé et fixé aux arbustes tandis que les chasseurs se divisent en deux groupes : les uns poussent des cris et font du bruit pour rabattre l'animal tandis que les autres attendent près du filet et abattent l'antilope lorsqu'elle est piégée. En Tanzanie, le bongo semble avoir quasiment disparu. Il resterait quelques individus sur le Kilimandjaro et au mont Meru, mais cela ne semble pas suffisant pour sauver l'espèce en Afrique de l'Est.

Devant un danger, le bongo possède néanmoins un atout : sa capacité à fuir très rapidement dans les sous-bois touffus en maintenant ses cornes le long de son dos. Il peut aussi comme la sitatunga se réfugier dans l'eau. Malheureusement, l'avenir de cette superbe antilope semble aujourd'hui très compromis d'autant plus que son habitat forestier se réduit comme une peau de chagrin sous la pression démographique de la Tanzanie et du Kenya. Malgré sa raréfaction, vous pouvez néanmoins apercevoir des bongos aux lodges des Aberdare lorsqu'ils viennent la nuit rechercher du sel. Les lodges sont construits à proximité des salines où de nombreux Ongulés trouvent les sels minéraux indispensables que leur alimentation ne leur apporte qu'en quantité trop réduite.





Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR