Le buffle

Les Bovinés

Les Bovinés sont les plus grands représentants de la famille des Bovidés. Le seul représentant afri cain sauvage de cette sous-famille le est le buffle. Les buffles sont des animaux d'origine asiatique. Tributaires de l'eau, ils fréquentent les bords des milieux humides.

Le buffle

Le buffle d'Afrique ne doit pas être confondu avec son cousin le buffle d'Asie (Bubalus bubalis) qui est domestiqué et à qui il ressemble superficiellement. Mis à part une population de buffle d'eau, présente uniquement dans les marais du nord de la Tunisie près de Bizerte et dont l'origine est inconnue, il n'existe qu'un seul genre et une seule espèce de buffle en Afrique (Syncerus caffer) divisée en plusieurs races et écotypes. Le plus imposant est le buffle de savane (Syncerus caf-fer caffer) et le plus petit le buffle nain (Syncerus caffer nanus) qui ne dépasse pas 300 kg. Ce dernier occupe les forêts primaires d'Afrique occidentale et centrale. Les buffles que l'on rencontré au Kenya et en Tanzanie sont des buffles de savane. Ils mesurent entre 1 m et 1,70 m au garrot pour un poids compris entre 300 et 900 kg.

Le buffle peuple des habitats très variés dans toute l'Afrique subsaharienne à l'exception de la plus grande partie de l'Afrique australe : les forêts primaires et secondaires, les fourrés, en montagne jusqu'à 4000 mètres d'altitude (monts Kenya et Kilimandjaro) et les savanes sèches et humides, à condition que l'herbe y soit assez haute (plus de 25 cm) et grasse et que l'eau soit en abondance pour qu'il puisse boire quotidiennement 30 à 40 litres et se vautrer dans l'eau ou la boue. C'est pourquoi on le rencontre fréquemment près des marécages, des lacs et des cours d'eau et ce surtout dans les milieux arides. Le buffle est un herbivore et se nourrit principalement de hautes herbes et joue le rôle de pionnier dans la succession des herbivores dans la savane réduisant ainsi les herbes à une hauteur et à une constitution plus adéquate pour d'autres herbivores plus sélectifs.

A la fin du XIXe siècle, le buffle a failli disparaître à la suite de l'arrivée en Afrique de la peste bovine. On estime que seul un sur dix mille a survécu à cette épidémie. Parmi tous les Ongulés sauvages, c'est l'espèce qui a payé le plus lourd tribu. Après l'acquisition d'une immunité naturelle, les buffles ont reconquis la majorité des territoires (exception faîte de l'Afrique australe). Ils se reproduisent si bien dans les zones protégées que des mesures de réduction d'effectifs sont parfois appliquées pour éviter la surexploitation du milieu.

Le buffle africain fait partie de ces big five (les cinq grands) comprenant l'éléphant, le rhinocéros, le lion et le léopard que tout safariste se doit de photographier et que tout chasseur se devait de ramener en trophée. Cet imposant animal continue d'exciter l'imagination. Le buffle est encore l'animal le plus redouté des chasseurs, car le plus imprévisible. Ses charges sont terriblement dangereuses. Si les véhicules sont rarement sa cible, un homme à pied est rapidement attaqué s'il provoque le moindre dérangement dans le troupeau et nombreux sont ceux qui dans la savane ont été l'objet de ces charges souvent mortelles. Le buffle est néanmoins un animal d'un naturel placide surtout lorsqu'il est seul.

Les formidables cornes des buffles, présentes aussi bien chez les mâles que les femelles, ont depuis longtemps attiré la convoitise, non seulement des chasseurs, toujours avides de superbes trophées, mais aussi des sorciers qui les utilisent réduites en poudre pour guérir la stérilité féminine. Elles sont des armes efficaces contre les prédateurs. Si les buffles sont attaqués, ils forment un cercle autour des Petits et présentent aux assaillants un véritable rempart de cornes. C'est une unité défensive tellement opérationnelle qu'un animal boiteux, aveugle ou qui n'a plus que trois pattes survit longtemps en son sein. Si le troupeau ne connaît que rarement les attaques des prédateurs, il en va tout autrement des vieux mâles solitaires qui, ne disposant pas de la protection du groupe, deviennent la proie des lions. A Seronera (Serengeti), quelques vieux buffles ont élu domicile près de l'institut de recherche, là où les lions ne viennent que rarement. Il est évident que le troupeau est un atout essentiel dans la stratégie de défense.

La quantité et la qualité de la nourriture jouent un grand rôle dans la régulation de la population bovine. Si les plantes herbacées et les graminées dont ils se nourrissent sont trop rares et trop sèches, les buffles sont décimés. Lors de la sécheresse qui a touché la réserve de Samburu durant l'année 1993 et jusqu'au printemps 1994, de nombreux cadavres de buffles jonchaient les plaines et les lions semblaient prendre un malin plaisir à tuer des individus affaiblis qu'ils ne consommaient même pas.

Lorsque l'herbe est suffisamment grasse comme c'est le cas dans les immenses étendues de la zone à Acacia et Commi¬phora du Serengeti, lors de la saison des pluies, les buffles vivent en troupeaux qui peuvent atteindre plus de 1500 têtes. Ces grands troupeaux se divisent à la saison sèche, période où les troupeaux de plus de 100 têtes deviennent rares. La communication nécessaire pour coordonner des troupeaux de centaines de têtes est relativement complexe. La voix semble importante puisque des études récentes ont distingué une dizaine de signaux vocaux différents : signal pour coordonner les mouvements lors des déplacements, signal pour aller boire, signal d'avertissement d'un danger, signal d'agressivité, signal de la mère appelant son petit, signal du mâle en rut...

Les bufflonnes sont sexuellement matures vers 2 ans, mais elles mettent au monde leur premier petit vers 4 ou 5 ans après une gestation de 11 à 12 mois. La femelle a, en général, un petit tous les deux ans. Les naissances s'effectuent pendant les pluies lorsque l'herbe est développée et permet aux femelles d'avoir une lactation abondante pendant les premiers mois de la vie de leurs veaux qui sont sevrés entre 7 mois et 1 an. Les jeunes restent durant cette période très dépendants de leurs mères. Les femelles demeurent dans le troupeau natal, mais les jeunes mâles le quittent lorsqu'ils atteignent l'âge de 4 ans environ.

On rencontre ainsi à la périphérie des troupeaux des clans de célibataires qui attendent la saison des amours, en général pendant la saison sèche, pour s'immiscer dans un groupe. Les combats et les pseudo-affrontements de mâles deviennent alors fréquents. Les taureaux estiment l'aptitude de leurs rivaux au combat, ce qui évite des affrontements dangereux entre des individus de même force. Après s'être observés un long moment, ils grattent le sol et secouent la tête pour impressionner l'adversaire, ce qui suffit à faire fuir celui qui se sent le plus faible. Si le combat s'engage vraiment, ce qui est rare, les violents coups de cornes échangés occasionnent des blessures sérieuses et parfois la mort d'un des protagonistes.

Même adultes, les buffles continuent de prendre du poids jusqu'à l'âge de 10 ans, puis ils maigrissent lentement probablement à cause de l'usure de leurs dents. Ne possédant pas de moyens pour réguler leur température interne lorsqu'il fait trop chaud à l'instar des gazelles, les buffles se vautrent fréquemment dans la boue pour se rafraîchir et pour se débarrasser par la même occasion des parasites qui les encombrent. Ils sont à cette occasion aidés par les pique-bœufs qui participent activement au nettoyage.

En dehors des parcs nationaux, les buffles sont rares, car ils entrent en compétition avec les agriculteurs en endommageant leurs cultures. De plus, ils augmentent le risque de contribuer à la propagation de maladies aux bœufs domestiques comme cela a été le cas lors de la grande épi démie de peste bovine de 1890. C'est pourquoi les buffles ont été exterminés en dehors des parcs et réserves.



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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