Le chimpanzé commun

Famille des Pongidés

Les Pongidés regroupent les Primates anthropomorphes (qui ressemblent à l'homme), ce sont en Afrique les gorilles et les chimpanzés : le chimpanzé pygmée ou bonobo (Pan paniscus) et le chimpanzé commun (Pan troglodytes) présent en Tanzanie. Les Pongidés ont aussi un représentant en Asie : l'orang-outan. Ces Pongidés africains partagent un ancêtre commun, avec les Hominidés qui vécut en Afrique de l'Est entre 10 et 5 millions. Les Hominidés comprennent les Primates qui marchent avec le corps redressé, c'est-à-dire les différents fossiles (Ardipithecus, Australopithecus, Homo) ayant acquis une bipédie plus ou moins permanente.

Le chimpanzé commun, jadis présent dans la plupart des pays d'Afrique comportant des forêts, ne se rencontre aujourd'hui que dans l'Ouest africain entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire, en Afrique centrale et à l'est, en Tanzanie aux abords du lac Tanganyika. Pour l'ensemble de l'Afrique, l'effectif des chimpanzés ne dépasserait guère 200000 individus. En Afrique de l'Ouest, la population estimée à deux millions d'individus après la Seconde Guerre mondiale, ne dépasserait pas 17000 individus aujourd'hui. Le chimpanzé a été exterminé ou capturé essentiellement pour fournir des spécimens à la recherche médicale et à l'industrie du spectacle. En Afrique centrale, notamment au Congo et au Zaïre, il est chassé pour sa viande et utilisé en sorcellerie. La destruction de son habitat forestier à cause de l'explosion démographique de ces pays est aussi une des raisons majeures de sa forte régression. Aujourd'hui, 1 % de la couverture forestière des zones intertropicales disparaît chaque année.

Le chimpanzé pygmée ou bonobo ne se rencontre qu'au Zaïre, probablement uniquement entre les fleuves Zaïre au nord et Kasaï au sud. Il habite uniquement les forêts denses inoccupées par l'homme mis à part les Pygmées. Il est difficile de connaître sa répartition exacte et de chiffrer sa population.

Contrairement à la majorité des singes, le chimpanzé commun utilise des habitats variés : forêts pluviales, forêts claires, bosquets en savanes, savanes arborées, brousses, forêts-galeries et forêts de montagnes jusqu'à 3500 m d'altitude.

Les deux espèces de chimpanzé ont un corps vigoureux. Les épaules et la poitrine sont larges. Le cou est plutôt court. Les oreilles sont développées, le nez est aplati, les narines petites et les lèvres sont étroites et mobiles. Les yeux sont très enfoncés et rapprochés et les mâchoires sont proéminentes avec de longues canines. Les bras sont plus longs que les jambes ; les pieds et les mains sont effilés, étroits et terminés par de longs doigts. Le pelage est noir et la peau claire. Le visage, clair chez les petits, fonce avec l'âge. Le bonobo est plus gracile. Il a des membres proportionnellement plus longs, des arcades sourcilières moins proéminentes et un front plus bombé. Ses oreilles sont plus petites et son pelage est plus clairsemé sur la poitrine, le ventre, les aisselles et la face interne des cuisses. Malgré son nom, le chimpanzé pygmée n'est pas vraiment plus petit que le chimpanzé commun. Le chimpanzé commun mesure entre 1,20 m et 1,65 m de hauteur pour le mâle (la femelle mesure en moyenne 10 à 15 cm de moins), le chimpanzé pygmée mesure environ 10 cm de moins. Chez le chimpanzé commun, la femelle pèse entre 32 et 37 kg en moyenne et le mâle entre 37 et 46 kg. Certains mâles approchent 55 kg. Le chimpanzé pygmée est à peine moins lourd que son cousin. Leur espérance de vie est de 30 ans environ et leur longévité de 40 à 45 ans.

Beaucoup plus fort qu'un être humain, le chimpanzé peut devenir extrêmement dangereux. Il est capable de vous arracher un membre sans efforts apparents ou d'infliger de terribles blessures avec ses dents. Un être humain ne doit jamais essayer d'établir le contact avec un chimpanzé sauvage surtout si celui-ci a un petit. Il risquerait une attaque mortelle.

La posture de marche normale est quadrupède, les membres antérieurs s'appuient sur la face dorsale des phalanges. La station bipède est observable notamment lors des menaces. Plus terrestre qu'arboricole (surtout lorsqu'il n'occupe pas un habitat de forêt pluviale dense), il marche plusieurs kilomètres par jour à la recherche de sa nourriture. Il monte aux arbres pour y trouver des fruits et pour y dormir. Pour ce faire, il construit un nid sommaire, en pliant quelques branches sur lesquelles il s'allonge.
Par son comportement, le chimpanzé est, semble-t-il, le Primate le plus proche de l'homme. Il est aussi le plus étudié, à l'état sauvage et en laboratoire. Son cerveau a une capacité de 360 à 400 centimètres cubes contre 1300 en moyenne pour l'être humain. Ses 48 chromosomes, support de l'information génétique, sont très proches des 46 de l'homme et des estimations font état de 9598 % de protéines en commun (homologie) ; les quelques pour-cent restants feraient la différence tout comme la répartition des différents gènes sur les chromosomes ! Le chimpanzé raisonnerait, connaîtrait la préméditation et semblerait avoir conscience de ses actes. Les nombreux « tests d'intelligence » réalisés sur les chimpanzés montrent qu'ils ont notamment la capacité d'apprendre et d'utiliser des « mots » transmis par les signes de la main (comme dans le langage des sourds-muets), toutefois dans la nature, cette aptitude n'est pas évidente. La majorité des analyses qui suivent dans ce chapitre concernent le chimpanzé commun et s'appuient plus particulièrement sur les études de Jane Goodall dans le parc de Gombe en Tanzanie où vivent 160 chimpanzés (Pan troglodytes Schweinfurth) isolés des autres groupes du Burundi à cause des cultures qui se dressent comme des barrières infranchissables.

A Gombe, les chimpanzés utilisent plusieurs biotopes : forêts claires, forêts subalpines, forêts serai-décidues et des zones plus ouvertes de savanes boisées. Ils n'évoluent jamais dans une véritable forêt dense et pluviale. Dans ce parc, 141 espèces végétales ont été dénombrées dans leur régime alimentaire qui comprend 50 % de fruits, 25 % de feuilles et 25 % de tiges, de bourgeons, de résine, mais aussi des insectes, des oiseaux, des œufs ainsi que de réelles proies chassées parfois collectivement comme des grivets, des gazelles ou des jeunes antilopes. Après ces chasses, chacun mange goulûment et les quémandeurs ont du mal à extorquer quelques restes aux détenteurs de la proie. Les chimpanzés passent 40 à 50 % de la journée à se nourrir. A la vue d'une source de nourriture, l'excitation est telle que des vocalisations incontrôlées sont émises.

Les chimpanzés semblent avoir une très bonne mémoire spatiale et retrouvent des anciens lieux riches en ressources alimentaires. Ils sont aussi capables d'induire des congénères en erreur pour revenir seuls sur une source de nourriture.

L'usage d'outils rudimentaires est un fait remarquable d'autant plus qu'ils sont spécifiques aux différentes communautés habitant dans des régions distantes. Par exemple, au Libéria, les noix de palme sont ouvertes à l'aide d'une pierre arrondie qui sert d'enclume. Cette pratique n'est pas employée dans la communauté de Gombe qui ne profite pas de l'intérieur des noix de palme. En revanche, les chimpanzés de Gombe « pêchent » des termites à l'aide d'une tige qu'ils effeuillent et qu'ils introduisent dans une termitière ; ils la ressortent avec de nombreux termites accrochés qu'ils consomment. Des feuilles sont aussi utilisées comme éponges pour retenir l'eau. Ils se servent aussi de projectiles, le plus souvent une pierre qu'il lance sur une proie lors d'une chasse. D'une manière générale, les chimpanzés de savane sont plus capables d'utiliser des outils que ceux vivant en forêt. Certains chimpanzés se servent plusieurs jours de suite du même outil, s'agit-il d'une coïncidence ou d'une mémorisation ?

La plupart des expressions faciales s'accompagnent de vocalisations spécifiques. On en a dénombré 15. L'association à d'autres variables comme des états émotifs, des contextes particuliers, l'effet sur l'autre, a permis d'en repérer 17 autres. Certains gestes ont été observés chez un seul individu pendant de courtes périodes. Ce qui tend à montrer que les signes ne seraient pas uniquement des stéréotypes. Le toucher est l'un des modes principaux de la communication des Primates. On s'embrasse, on se caresse, et surtout on s'épouille. Au delà des déchets et des parasites prélevés par ce moyen, le toilettage joue un rôle important dans la vie sociale des chimpanzés, car il marque la soumission, l'inclination, l'apaisement ou la récompense. Il permet d'appréhender la hiérarchie du groupe, de resserrer les liens et de diminuer les tensions. A mesure que le petit grandit, la mère l'épouille de plus en plus. Par la suite, il essaye de s'en échapper et de tourner cette action en jeu. En vieillissant, les filles pratiquent plus l'épouillage avec leurs mères que les fils. Ceux-ci le font plutôt en groupe avec des mâles et l'augmentation de l'épouillage des jeunes par le groupe indique leur accès à la maturité sociale. A la différence de la majorité des Primates, le regard n'est pas le signal d'une menace chez le chimpanzé.

La domination est un mode de relation surtout présent chez les mâles. Le mâle, le plus élevé dans la hiérarchie, est appelé communément le mâle alpha. S'il n'est pas le seul à copuler avec les femelles fertiles, comme c'est le cas du gorille, il est quand même le père de nombreux rejetons. C'est entre 20 et 26 ans que le chimpanzé atteint sa position la plus élevée dans la hiérarchie. Les alliances, stables ou occasionnelles, sont décisives pour l'issue des affrontements qui permettent d'obtenir et de consolider son statut de dominant. Dans les affrontements, des intimidations typiques sont menées. Un individu énervé, qui veut asseoir son autorité, se balance en hérissant les poils. Il prend souvent une branche ou une pierre, qu'il lance dans l'air tout en courant. (Si vous vous trouvez dans une telle situation, restez calme et enlacez un arbre pour éviter d'être emporté !).

Les femelles n'ont pas ce type de relation pour établir leur domination. Elles ont moins tendance à s'associer avec d'autres femelles en dehors de leurs parents. La présence des membres de la famille est décisive dans le maintien de leur position vis-à-vis des autres. On suppose que le statut et le tempérament des mères ont des effets non négligeables sur le devenir de la situation hiérarchique des enfants.

Les communautés de chimpanzé sont des groupes de 15 à 30 individus non définitifs, à cause de fusions et de fissions. Selon les circonstances, les chimpanzés peuvent être ensemble, en groupe leurs mâles, de femelles avec es petits, en couple hétérosexuel, isolés... Ils jouissent dans ce sens d'une grande liberté. La quantité de nourriture disponible, la densité démographique, le danger... influencent ces schémas relationnels. Certains groupes se déplacent, mais en général ils sont plutôt sédentaires et utilisent un territoire stable dont la superficie varie suivant le milieu et la nourriture disponible (40 à 60 kilomètres carrés à Gombe).

Le cycle menstruel de la femelle est de 36 jours. Durant la première quinzaine, le volume des organes génitaux externes augmente et produit une énorme protubérance rougeâtre sous les fesses. Hormis les critères hormonaux et physiologiques, des qualités de personnalités semblent avoir des effets sur les possibilités d'être choisie comme partenaire sexuelle. La femelle répond aux avances du mâle par des attitudes qui ressemblent à une parade de menace. Elle présente ses fesses à quatre pattes. Si la femelle se désiste, elle est en général menacée et frappée par le mâle qui tente de l'éloigner du groupe et de se réserver l'accès à toutes les copulations. Pour Jane Goodall, les chimpanzés expérimentent le plaisir sexuel. Des jeunes se touchent les organes génitaux en riant et se masturbent seul ou à deux. Des femelles semblent manifester du « plaisir » pendant l'acte sexuel et insistent pour copuler auprès de mâles désintéressés. Pour ce dernier comportement, d'autres naturalistes pensent que les femelles s'offrent à de nombreux partenaires pour que les pères potentiels aient des doutes sur une paternité éventuelle et n'osent être agressifs vis-à-vis des petits des femelles avec qui ils ont copulé. Les pères étant incapables de reconnaître leurs enfants, vu la multiplicité des partenaires sexuels. Les femelles tentent ainsi de s'accoupler avec des dominants. L'inceste est évité entre mère et fils. (On rapporte néanmoins un cas d'une mère qui finit par être violée par son fils à la suite de plusieurs essais de sa part pour s'accoupler avec elle). Des différences notables existent entre le comportement sexuel des bonobos et des chimpanzés communs. Les premiers ont des rapports en toutes périodes, même en dehors de la période d'ovulation. Ils ont également des positions plus variées, dont la ventro-ventrale (missionnaire), fait exceptionnel chez les Mammifères terrestres.

Des observations réalisées en captivité permettent aussi de supposer que les bonobos comprennent plus rapidement les situations d'urgences et des problèmes qui impliquent des tiers. Ils sont moins agressifs, semblent plus solidaires et partagent les responsabilités vis-à-vis des petits entre mâles et femelles.

La gestation dure entre 230 et 240 jours chez les deux espèces. Les petits sont extrêmement dépendants de leurs mères. Ils sont allaités au moins jusqu'à l'âge de 3 ans, et portés presque constamment. Accroché aux poils du ventre de sa mère, ce n'est que vers 6 mois qu'il se déplace sur son dos. Pendant la durée de l'allaitement, la mère n'est pas fécondable et n'est pas sexuellement réceptive sauf chez les bonobos. Des comportements proches de ceux observés chez un petit d'homme abandonné, se rencontrent chez certains Primates : arrêt de l'alimentation et du jeu, balancement répété, arrachement de ses propres poils. L'environnement social du nourrisson exerce une grande influence sur son comportement néonatal. Des chimpanzés et des bébés élevés ensemble présentent des similitudes de comportement.

Les chimpanzés sont, pour Jane Goodall, « hyperterritoriaux ». Lorsque deux communautés se rencontrent dans une zone frontalière, des vocalisations d'alarme et de menace sont émises. Certains individus semblent faire des « patrouilles » dans ces zones. Des animaux sont violemment attaqués lors de ces rencontres. Les femelles étrangères sont en revanche souvent bien accueillies parmi les mâles de la communauté, du moins tant qu'elles n'ont pas de petits. Si c'est le cas, elles sont victimes d'attaques à la différence d'autres Primates, comme le gorille, qui tuent le petit sans s'en prendre à la mère. L'arrêt consécutif de la lactation reconduit à la fertilité chez cette dernière et permet une fécondation immédiate.

Le cas le plus spectaculaire d'agressivité a été observé à Gombe entre 1972, époque de la scission d'une communauté et 1977, date de l'extermination totale de l'un des groupes antagonistes par l'autre. Les rencontres dans des territoires partagés déclenchaient une grande anxiété signifiée par des vocalisations et des comportements d'intimidation. Cette anxiété a débouché sur des affrontements menés en groupe. Les membres de la communauté triomphante ont attaqué et ont tué un à un leurs rivaux. Après la mise à mort, plusieurs cas d'acharnement et de mutilations post mortem furent observés. Jane Goodall voit dans ces épisodes le germe du comportement guerrier humain. L'étranger devient une présence angoissante qu'il faut anéantir. Un cas différent et « aberrant » a été observé. Il s'agit d'une mère et de sa fille qui ont tué plusieurs bébés à l'intérieur de leur propre communauté et ensuite les ont dévorés.

Une part importante de nos connaissances sur les capacités « intellectuelles » des chimpanzés provient d'expériences menées en captivité sur des individus directement prélevés dans leur milieu naturel.

Les expériences qui nous ont le plus appris sur la « psychologie » de cette espèce ont été celles menées autour de la communication. Des chimpanzés ont appris à communiquer par le langage des sourds-muets, par des pièces plastiques non figuratives, par un ordinateur simple. Les faits les plus marquants sont : l'invention d'un nouveau signe (en l'occurrence dans le langage des sourds-muets) devant l'apparition d'un objet inconnu, la transmission spontanée dudit signe d'une mère à son petit et surtout l'utilisation par des chimpanzés des signes appris même pour communiquer entre eux.

Ces ressemblances avec l'homme et ces expériences coûtent la vie à de nombreux chimpanzés. Capturer un petit implique d'éliminer tous ceux qui accourent à sa rescousse, 3 à 7 animaux, dont la mère tuée en premier. S'ils survivent au traumatisme, les petits maltraités meurent pour la plupart (9/10) avant d'atteindre un an.
Des essais de réintroduction de chimpanzés captifs dans un milieu naturel sont coûteux et très complexes. Ils ne peuvent pas cohabiter avec des congénères sauvages qui les rejetteraient. En Gambie, Janis Carter a réussi, après avoir vécu 10 ans sur une île avec eux, à réadapter plusieurs chimpanzés au milieu naturel. Aujourd'hui, cette communauté autonome compte 25 membres.

Capturé pour fournir la recherche médicale et le monde du spectacle, chassé pour sa viande, le chimpanzé ne subsiste que dans un habitat forestier qui se réduit inexorablement. Pour combien de temps pourrons-nous trouver nos cousins à l'état sauvage ?

 


Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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