Le colobe guereza

Famille des Colobinés

Grand, svelte et haut d'environ 60 à 70 cm pour un poids variant, en Afrique de l'Est entre 10 et 20 kg, pour les mâles et 8 à 12 kg pour les femelles, le colobe guereza (Colobus guereza) est un singe spectaculaire. Son pelage noir, doux et brillant contraste singulièrement avec les poils d'un blanc très pur qui entourent son visage et forment une longue et belle frange soyeuse sur les côtés du tronc et un magnifique panache immaculé qui termine sa longue queue. Leur nom de colobe signifie mutilé en grec. En effet, les colobes ont, en guise de pouce, un tubercule formé d'une protubérance cornée sans ongle. Les colobes sont des cercopithèques. Contrairement aux singes anthropomorphes, les colobes possèdent une longue queue non préhensile de près d'un mètre et des jambes nettement plus longues que les bras. Lorsqu'ils sont au sol, ils marchent en s'appuyant sur les paumes et non sur les phalanges comme les anthropomorphes.

Ces superbes animaux sont malheureusement assez difficiles à observer, car ils sont strictement arboricoles et se tiennent en général entre 15 et 35 mètres au-dessus du sol. Ils occupent les forêts pluviales de plaines et de montagnes, les forêts de bambous, les forêts-galeries, les forêts marécageuses et côtières, les savanes humides et les îlots forestiers juste au nord de l'équateur. Ils descendent rarement au sol et vos observations ne seront que fugaces sauf dans le sanctuaire Elsamere à la maison de Joy Adamson sur le lac Naivasha et dans les acacias du Safari Land Lodge où les colobes descendent vous voir en fin de matinée et à l'heure du thé pour quémander quelques biscuits. Ils occupent les forêts denses et humides jusqu'à 3000 mètres d'altitude et sont particulièrement visibles dans les forêts du Parc d'Arusha et dans celles du mont Kenya.

Dans les arbres, ce sont de gracieux acrobates sautant et « volant » de branche en branche en s'en servant comme tremplin. Ils se laissent souvent tomber et cherchent dans leur chute de nouvelles branches en allongeant leurs longs membres. Dans cet exercice périlleux, les longs poils de leur corps et leur queue touffue leur servent de véritable parachute.

Les colobes mangent entre 2 et 3 kg de nourriture par jour, principalement des feuilles mais aussi occasionnellement des graines, des graminées, des écorces, des lichens et des insectes... Ils sont dotés d'un estomac volumineux et allongé ressemblant au colon et pouvant contenir les 2 à 3 kg de feuilles qu'ils mangent quotidiennement. Cet estomac digère les feuilles plus facilement que tout autre Primate. Dans un premier temps, des bactéries brisent la cellulose, c'est-à-dire le principal composant des feuilles. Dans un second temps, les micro-organismes peuvent contrecarrer les effets des toxines, permettant aux colobes de consommer des aliments qui en contiennent.

Le meneur du groupe marque le territoire par des « hurlements territoriaux » destinés aux groupes voisins. Il n'y a pas de véritable hiérarchie chez les colobes. Ils vivent en groupes familiaux de 8 à 30 individus même si au Rwanda, on aperçoit des groupes importants comportant jusqu'à 200 singes. Les colobes guereza des rives du lac Naivasha vivent au contraire en petits groupes de 6 à 10 individus. Le groupe comprend un meneur, c'est un mâle plus âgé qui donne l'alarme, marque le territoire, et couvre si nécessaire la retraite du groupe en cas de danger. Les colobes sont sédentaires. Ils occupent un territoire qui varie selon l'importance du groupe et l'abondance de la nourriture. Ces territoires comportent des arbres dortoirs situés en général au centre. Dans les zones boisées de l'escarpement du pays Kikuyu et dans les hautes terres de la Tanzanie méridionale la densité de colobes est impressionnante puisqu'elle est comprise entre 200 et 500 individus au kilomètre carré.

Il n'y a pas de réelles périodes de reproduction chez le colobe. Les naissances s'étalent sur toute l'année. La femelle s'offre, la queue relevée sur le dos, au mâle territorial, puis aux plus jeunes. Après 6 mois de gestation, elle donne naissance à un seul petit qui naît tout blanc. Quelques jours avant la naissance, la femelle quitte le groupe, accompagnée d'un mâle qui la protège, et le réintègre le lendemain. Le petit s'accroche tout de suite à l'abdomen de sa mère, mais celle-ci le maintient d'une main au moins pendant la première semaine. Vers 6 à 7 mois, il est capable de sauter de branche en branche. C'est aussi à cet âge-là qu'il commence à jouer et simuler des combats avec les autres jeunes ce qui a probablement pour rôle de développer la sociabilité et de l'aguerrir physiquement.

Les scientifiques n'ont pas déterminé la raison, si raison il y a, du contraste blanc-noir du pelage. Il s'agit peut-être d'un camouflage cassant les contours et brisant la silhouette ou d'un moyen de reconnaissance entre congénères.

Complètement arboricole, le colobe a peu de prédateurs si ce n'est par les airs, les aigles de Verreaux, martial et huppard. En cas d'attaque aérienne, il fuit en se laissant tomber. Aux étages inférieurs, c'est le léopard qui représente le plus grand danger. Dans ce cas, l'alarme est donnée en frappant les mains sur une branche. Très recherché pour son magnifique pelage, le colobe a été exterminé aussi bien par les chasseurs blancs que par les ethnies locales qui s'en servent pour confectionner des costumes de danse, des chapeaux ou des capes. Aujourd'hui, un nouveau danger pèse sur eux : la destruction de leur milieu naturel. La forêt recule et se réduit comme une peau de chagrin du fait de la progression démographique.

Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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