Le gnou

Le gnou (Connochaetes taurinus) est aisément reconnaissable : c'est une antilope peu gracieuse, d'allure « préhistorique » dont le pelage gris à brun est parsemé de quelques rayures verticales. Sa grosse tête, qui repose sur un cou bref, est surmontée d'une crinière de longs poils lui courant jusque sur le haut du dos. Ses cornes, présentes dans les deux sexes, sont caractéristiques : d'abord horizontales ou un peu inclinées latéralement, elles se redressent, et se courbent vers l'arrière. Son dos incliné et ses pattes grêles contribuent à donner au gnou une allure étrange. Les sous-espèces qui occupent l'Afrique de l'Est pèsent en moyenne 260 kg pour une hauteur au garrot de 135 cm.

Le gnou est un habitant typique des plaines et des savanes à acacias d'Afrique orientale. Il habite au sud de l'équateur et sa limite en Afrique australe correspond à la fin le la savane arborée. A l'ouest, la limite de répartition correspond grosso modo à la branche orientale du rift. Il existe un autre ensemble de populations réparties entre le Botswana, la Namibie et la Zambie.

Le gnou est particulièrement commun dans les zones où l'émondage par le feu a permis de garder l'herbe rase. Dans les savanes du Serengeti-Masaï Mara, les gnous migrent en fonction des pluies. Selon certains scientifiques, cette migration serait occasionnée non seulement parce que ces herbivores broutent l'herbe restée très verte après la saison des pluies, mais aussi pour y rechercher des oligoéléments. Les gnous viendraient trouver un fourrage riche en azote, cuivre, sodium et en zinc dans les plaines grasses de Masaï Mara puis, juste avant la naissance de leurs petits, ils se déplaceraient vers des terres plus riches en calcium, magnésium et potassium.

Cette transhumance est toujours, pour celui qui l'observe, un spectacle à la fois grandiose et pathétique. La mort fauche 10 % du cheptel soit 50000 bêtes environ. Les bousculades, les piétinements, les noyades et aussi les maladies en sont les principales causes. Les prélèvements occasionnés par les prédateurs sont aussi très importants puisqu'ils représenteraient à eux seuls près de 40 % de la mortalité. Les gnous font le régal des hyènes, des lycaons et des lions qui les suivent ainsi que des crocodiles qui doivent attendre leur retour pour connaître pareil festin. Une fois arrivés à Masaï Mara, les gnous se nourrissent exclusivement de plantes herbacées et principalement de l'andropogon appelée pour cette raison « l'herbe à gnou ». Ces plantes, comme toutes les graminées, ont la particularité d'avoir leur zone de croissance située à la base des feuilles, ce qui leur permet de repousser lorsqu'elles sont broutées et de supporter ce colossal troupeau.

En novembre, avec le retour des pluies, les gnous reprennent le chemin du Serengeti où les femelles, à partir du mois de décembre, donnent naissance à un petit après une gestation comprise entre 8 mois et 8 mois et demi. 80 à 90 % des naissances ont lieu sur 3 semaines. Durant cette grande migration, les gnous nomades parcourent ainsi en une année entre 1000 et 1500 km.

Le gnou est un animal territorial. Durant la période de reproduction, des clans d'environ 150 animaux se forment à l'intérieur du troupeau. Cinq ou six mâles dominants s'efforcent de conquérir une portion de savane au prix de combats farouches et tentent d'y maintenir des femelles en rut avec qui ils veillent sur les petits et interdisent l'entrée de leurs territoires aux autres mâles de l'espèce. Les accouplements ont lieu lors de la migration montante, en général en avril-mai. Dans les grands troupeaux nomades, les mâles établissent des territoires temporaires à chaque fois que l'ensemble des bêtes s'immobilise. Ces petits fiefs, qui ne dépassent guère 30 mètres de diamètre, sont maintenus fermement mais rarement défendus plus de 12 heures. La densité atteint 270 animaux par kilomètre carré! A la périphérie des domaines de ces mâles territoriaux, se constituent des groupes de célibataires. Dans le cratère du Ngorongoro, les gnous sont en général sédentaires et les mâles territoriaux veillent sur 8 femelles en moyenne, dans un domaine de quelques hectares chevauchant 4 ou 5 autres territoires.

Dans ces grandes hardes, la plupart des naissances ont lieu en moins de trois semaines. La mère fait téter son petit au sein du troupeau et non en se cachant comme la majorité des antilopes. Le petit marche et suit sa mère moins de 6 minutes après la naissance (parfois moins de 3 minutes). Ces comportements spécifiques aux gnous s'expliquent certainement par la présence très importante auprès des troupeaux de prédateurs, notamment les lions et les hyènes. Les lions effectueraient, à eux seuls, 80 % des prélèvements par prédation durant les transhumances.

Les hyènes sont aussi très entreprenantes. Durant les périodes de mise bas, elles s'attaquent aux mères et tentent de leur arracher des entrailles les petits en train de naître. Parfois, les hyènes s'attaquent à la mère par l'utérus et lui dévorent les entrailles. La cohésion du groupe de gnous et sa compacité sont importantes et améliorent ainsi les possibilités de survie.

Les prédateurs, surtout s'ils sont aussi charognards, ont néanmoins un rôle essentiel. Ils nettoient la savane d'une quantité impressionnante de cadavres, éliminent les animaux les plus faibles. Ces Carnivores évitent une trop grande prolifération des herbivores et surtout empêchent la propagation des épidémies comme la peste bovine qui vers 1890 a décimé les troupeaux sauvages et domestiques provoquant une terrible famine dont le peuple Masaï, ce peuple de guerriers et d'éleveurs ignorant l'agriculture, a failli ne jamais se relever.



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR
Carte de Jean-Paul MAYEUR