Le guépard

Famille des grands Félidés

On confond souvent le guépard (Acinonyx jubatus) et le léopard (ou panthère) car leur robe est tachetée. Pourtant tout oppose ces deux superbes félins. Le léopard est un animal robuste, massif et vigoureux, campé sur de fortes pattes. Sa tête large est portée par un cou fort, les mâchoires sont puissantes et le pelage est parsemé de rosettes et non de taches. Le guépard, au contraire, est mince et efflanqué. Ses taches sont arrondies et uniformément noires. Sa robe fauve clair à marron clair est plus pâle que celle du léopard. Sa queue est longue (de 65 à 85 cm), constellée de nombreuses taches arrondies et terminée par quelques anneaux noirs à son extrémité. La tête du guépard est fine et arrondie. La face est marquée, de chaque côté, par une ligne sombre, les larmiers, qui semble couler de l'angle interne de L'œil à la commissure des lèvres. Les pattes sont longues et sveltes.

Le guépard est le félin le plus spécialisé. C'est un sprinter. Il atteint 105 km/h ce qui fait de lui le plus rapide de tous les animaux terrestres. Son corps est allongé. Il mesure entre 110 et 135 cm de longueur pour un poids de 40 à 65 kg seulement. Le mâle est plus robuste que la femelle et pèse en moyenne 10 kg de plus. Ses hanches et ses épaules élevées lui donnent plus l'allure d'un lycaon ou même d'un lévrier que d'un félin. Ses griffes ne sont d'ailleurs rétractiles que chez les jeunes. Sa colonne vertébrale flexible dans le plan vertical et agissant comme un ressort lui permet de galoper avec deux phases de suspension que l'on peut assimiler à des sauts. Il existe une phase d'extension où la colonne vertébrale projette les pattes antérieures vers l'avant, les postérieures étant étendues vers l'arrière et une phase de contact avec le sol par une patte antérieure. A ce moment-là, la colonne vertébrale se courbe dans l'autre sens, ramenant les pattes postérieures vers l'avant où elles prennent appui alors que les antérieures se trouvent vers l'arrière. La colonne vertébrale se détend et projette l'animal vers l'avant (seconde phase de suspension) où il se réceptionne sur une de ses pattes antérieures. Ainsi, à chaque foulée, le guépard cherche son appui très en avant ce qui lui permet d'atteindre 75 km/h en 2 secondes.

Il existe trois sous-espèces de guépard : le guépard d'Afrique australe (Acinonyx jubatus jubatus), le guépard d'Afrique de l'Est (Acinonyx jubatus raineyi) et la sous espèce asiatique (Acinonyx jubatus ubatus venaticus) devenue très rare. En Inde, elle a disparu au début des années soixante et les quelques individus du Kazakhstan sont rigoureusement protégés. De plus, en Afrique australe, il existe une forme particulière certains sujets localisés essentiellement au Zimbabwe ont sur le tronc des taches allongées qui se rejoignent pour former des bandes; on les appelle guépards royaux et les premiers naturalistes les ont décrits comme formant une nouvelle espèce Acinonyx rex. Ces animaux naissent parmi des portées issues de parents normaux. Certains zoologistes ont vu dans ces mutants un écotype particulier qui montrerait des tendances forestières, mais des études précises restent à faire sur ces guépards royaux. Les hommes se sont intéressés au guépard depuis la plus haute Antiquité : pour sa peau, pour le dresser pour la chasse comme le faisait les Indiens ou pour en faire un animal de compagnie. Un vase caucasien daté de 2 300 ans avant J.-C. représente un guépard avec un collier. En 1996, il existerait moins de 15000 guépards dans le monde. La population kenyane est estimée actuellement entre 1000 et 1200 individus.

Le guépard vit comme le lion en milieu ouvert, des déserts à la savane sèche plus ou moins arborée en passant par les savanes arbustives à épineux (bush). Le guépard montre une tendance à l'homochromie : les individus vivant en marge des zones désertiques ont tendance à être plus clairs que ceux habitant les zones plus humides. Le guépard monte en altitude jusqu'à 2000 m. Un individu a été observé sur le mont Kenya entre 3 500 et 4 000 m d'altitude, mais il est peu probable qu'une population de guépards soit établie dans ce milieu fort surprenant.

Les proies favorites du guépard sont les gazelles de Thomson, (dans le parc du Serengeti : 62 % des proies capturées), les impalas, les jeunes gnous, les lièvres (12 % des proies, dans le Serengeti), les diks-diks, les pintades, les jeunes phacochères... Quand il se prépare à chasser, le guépard observe la savane du haut d'une termitière ou sur une branche basse d'un arbre. Lorsque la proie est repérée, il s'approche le plus près possible de sa victime et se fige à chaque fois qu'il risque de se faire repérer. Arrivé à moins de cinquante mètres, il déclenche l'attaque et poursuit sa victime sur quelques centaines de mètres pendant vingt secondes à une minute maximum, la renverse, l'immobilise. La mise à mort se fait par étouffement en saisissant la victime à la gorge. Ses griffes, peu rétractiles, lui permettent un solide ancrage au sol et des changements rapides de trajectoire. L'effort physique est si intense, la dépense énergétique telle que, si la proie semble lui échapper, il arrête sa poursuite. La poursuite s'effectue en moyenne sur une distance de 170 mètres environ et dure guère plus de 20 secondes. Il faut en moyenne trois kilos de viande par jour à un guépard adulte. Dans les zones arides où il vit, la consommation d'eau est réduite au minimum, il s'en passe d'ailleurs en cas de nécessité en buvant l'urine de ses victimes et en mangeant, comme l'éland, des melons du désert.

Sexuellement mature entre 20 et 23 mois, le guépard s'accouple quelle que soit la saison. Les accouplements durent moins d'une minute. Après une gestation d'environ trois mois, la femelle met bas de un à huit petits, trois en moyenne, dont un sur trois seulement arrive à l'âge adulte. Les naissances les plus nombreuses ont lieu lorsque les gazelles mettent bas ce qui permet à la mère guépard d'attraper plus facilement des proies.

La structure sociale de l'espèce est originale. Les mâles, le plus souvent des frères qui ont quitté leur mère, s'installent sur un territoire qu'ils défendent à deux ou trois contre des mâles solitaires et nomades qui tentent une intrusion. Ces luttes sont parfois mortelles pour l'animal égaré. Quant aux femelles matures, elles sont toujours solitaires et errantes. Lorsque l'une d'entre elles est en cestrus et qu'elle traverse un territoire, les mâles s'accouplent avec elle pendant plusieurs jours, puis elle repart s'occuper de sa progéniture. Dans sa quête de nourriture, une femelle peut être entraînée loin de ses jeunes sur un territoire occupé par des mâles. Les mâles propriétaires des lieux la gardent prisonnière pendant plusieurs heures voire quelques jours pour vérifier sa disposition à l'accouplement. Pendant ce temps, les jeunes sans nourriture risquent de mourir de faim ou d'être la victime d'un prédateur de passage. Dans le parc du Serengeti, 41 % des guépards adultes vivent en solitaire, 40 % en paires et 19 % en trios.

De nombreuses menaces planent sur cette espèce, si bien que certains spécialistes n'hésitent pas à affirmer que le guépard est menacé d'extinction malgré les efforts des hommes pour le sauver. Il existe des menaces liées à la biologie même de l'espèce. Ainsi, après une chasse réussie une fois sur deux, le guépard se repose environ vingt minutes pendant lesquelles il tente de récupérer ses forces, épuisé, haletant, près de sa proie. Les prédateurs savent repérer les indices de cette chasse spectaculaire : les mouvements des troupeaux apeurés, la colonne de poussière qui s'élève derrière le guépard en course. Vingt minutes sont largement suffisantes pour que lions, hyènes ou lycaons s'emparent du butin sans que le guépard esquisse la moindre résistance. Il arrache à la hâte quelques morceaux de chair à sa victime avant de l'abandonner. Parfois plus téméraire, il tente de sauver son repas légitime et y laisse parfois la vie. Souvent, il cache sa proie sous un arbre, un bosquet pour la dévorer tranquillement. Les vols de nourriture atteignent 50 % avec un maximum lors des périodes où les troupeaux sont partis en migration et que les proies sont rares. Dans le Serengeti, les guépards perdent en moyenne 10 % des proies qu'ils capturent. De plus, la prédation des jeunes par les lions, les hyènes et les léopards est responsable de 73 % de la mortalité juvénile. Cette situation est d'autant plus marquée que la densité des prédateurs est élevée et que les proies sont relativement rares.

Des études dans le parc du Serengeti ont montré que les taux de succès du guépard la chasse en condition normale variait entre 37 % et 69 %, ce qui est remarquable pour un Félidé. Dans le parc du Serengeti, sur 493 observations de chasses, 203 ont été des succès soit 41 % de réussite. à titre de comparaison les taux de réussite dans le Serengeti, sont respectivement de 15 à 30 % pour les lions, et seulement de 5 à 10 % pour les léopards. Ce succès s'explique par le soin apporté par le guépard au repérage de sa proie, car L'énergie consommée pour la capturer et la dévorer est très importante. Une fois la proie repérée, le guépard doit s'approcher le plus près possible de celle-ci avant de s'élancer à sa poursuite, car il manque d'endurance et ne parcourt à pleine vitesse que de 200 à 300 mètres. C'est pourquoi affecter d'une manière où d'une autre le taux de réussite de chasse d'un guépard comme le font parfois et involontairement les véhicules des safaristes peut entraîner l'affaiblissement de l'animal et sa mort.

La pression du braconnage pour ce félin tacheté présente encore un danger même si sa peau est moins prisée que celle du léopard.

D'autres menaces d'ordre écologique pèsent sur cet animal. L'augmentation des surfaces cultivées, la progression des populations et des activités humaines dans des zones encore vierges, entraînent la modification des paysages, la disparition des proies habituelles, donc l'affaiblissement de cette espèce qui, trop spécialisée, ne peut s'adapter à ces transformations. A cette vision pessimiste, s'oppose une vision optimiste de la situation.Des études menées au Kenya pendant la période 1960-1980 montrent que le guépard résiste bien à la pression démographique. Ses effectifs sont restés stables durant ce laps de temps alors que la pression démographique humaine augmentait de 5 % par an. Plus surprenant encore, le guépard résisterait mieux que le léopard à ces modifications de paysages. Différentes raisons expliquent ce paradoxe. Le léopard est plus souvent tué par les éleveurs, car c'est une espèce qui s'approche des zones d'élevage alors que le guépard fuit la proximité de l'homme. Comme il n'est pas charognard, il n'est pas victime des carcasses empoisonnées. Le guépard se déplace de manière imprévisible ce qui le rend difficile à piéger. De plus, il est capable de vivre dans des zones désertiques et de se nourrir de petites proies (oiseaux, lièvres...). Ainsi, le léopard serait plus détruit et comme cette espèce est un concurrent pour le guépard, ce dernier en tirerait un certain bénéfice.

Pour certains zoologistes, c'est la consanguinité qui représenterait le danger le plus important. Elle se traduit par de fortes ressemblances génétiques entre guépards et aboutit à une uniformité génétique de l'espèce. Pour les partisans de cette hypothèse, cette faible diversité génétique compromettrait les chances de survie de l'espèce.Nous allons l'évoquer brièvement pour montrer qu'aussi « séduisante » que soit cette théorie, elle ne permet pas d'affirmer que la constitution génétique constitue un danger pour la survie de l'espèce.

Le guépard présente fréquemment, en captivité, et plus particulièrement dans les zoos américains, des problèmes de reproduction à tous les niveaux : difficulté d'obtenir une fécondation, gestation, mortalité néonatale, atteignant 70 % dans certains centres d'élevage. Il a fallu, en effet, attendre 1956 pour obtenir trois naissances en captivité d'une femelle qui a dévoré un de ses jeunes; les autres ont été élevés au biberon. Dans ces conditions, seulement 10 à 15 % des adultes se reproduisent et 30 % des jeunes meurent avant l'âge de six mois. Même, les techniques modernes de reproduction n'augmentent pas sensiblement ce taux pour différentes raisons :

• Des recherches ont montré que les spermatozoïdes sont moins nombreux et moins mobiles dans le sperme du guépard que dans celui d'espèces proches. Ainsi 83 % d'entre eux sont non fécondants, car anormaux.

• L'examen par électrophorèse destéines du sang montre qu'elles sont identiques d'un individué à l'autre. Les protéines sont fabriquées par les gènes. Cela signifie que les gènes (allèles) sont les mêmes (pour les protéines du sang) chez tous les guépards étudiés.

• La réalisation de greffes de peau (d'un guépard sur un autre guépard) est symptomatique. Dans la plupart des cas, les greffes sont rejetées par l'organisme receveur qui reconnaît les protéines de surface des cellules du greffon comme étrangères, or chez le guépard il n'y a pas eu de rejets significatifs. Les guépards sont donc tous très semblables du point de vue de ces protéines. Ils possèdent, là encore, les memes genes (allèles).


C'est cette similitude, cette uniformité génétique de tous les guépards, qui menacerait l'espèce et la rendrait sensible aux maladies. Les éleveurs d'animaux domestiques (bovins hypersélec-tionnés et consanguins par exemple) connaissent les mêmes problèmes. Le guépard ne posséderait plus en lui un pool d'informations génétiques suffisamment diversifié. Ce patrimoine génétique appauvri l'empêcherait de s'adapter aux modifications de son milieu. Pour les partisans de cette hypothèse, le guépard aurait connu, depuis son apparition il y a environ 5 millions d'années, une diminution très importante de sa population. Proche de l'extinction, un nombre restreint d'individus aurait reconstitué, il y a environ 10000 ans, une population d'individus génétiquement très proches. Comme les guépards d'Afrique australe possèdent encore moins de variabilité génétique que ceux d'Afrique de l'Est, on a même proposé qu'une seconde réduction de l'effectif était responsable de cette particularité. La répartition géographique actuelle très fragmentée, empêchant la circulation des guépards donc le brassage génétique, aggraverait encore la situation. La structure sociale de l'espèce ne joue pas non plus à son avantage : les mâles restent près des lieux où ils sont nés. Seules les femelles, grâce à leur mode de vie errant, exportent leurs gènes.

Pourtant si cette hypothèse de la consanguinité est « séduisante » et reste intéressante, de récents travaux la remettent en question. Ceux-ci ont montré que les Carnivores ont en général une faible variabilité génétique, tant individuelle (hétérozygotie) que spécifique (polymorphisme). Ainsi, le renard commun, l'ours polaire et certains Mustélidés comme le putois, l'hermine, la fouine présentent, pour ces deux paramètres, encore moins de variabilité génétique que le guépard! On ne peut pas dire que le renard commun est une espèce en voie de régression; bien au contraire, elle est en pleine expansion et s'observe dans la banlieue parisienne aux portes de Paris!

Tout compte fait, ce n'est peut-être pas la faible variabilité génétique qui expliquerait le déclin du guépard, néanmoins cette hypothèse doit attirer l'attention sur les dangers qui pèsent sur les espèces de grands Mammifères. Beaucoup d'entre elles sont menacées par la diminution de leurs populations et les croisements consanguins dans des réserves souvent trop exiguës et espacées les unes des autres. Une réserve, pour être viable, ne doit pas être une île sauvage dans « un océan de terres agricoles et de constructions », empêchant tout échange entre les animaux des zones protégées. C'est donc la modification, la réduction et la destruction des habitats qu'il faut incriminer ainsi que la pression du tourisme. Dans le parc d'Amboseli, l'importance des touristes a fait fuir les guépards gênés dans leurs chasses. Dans d'autres parcs, ils chassent pendant les heures chaudes (entre midi et quatre heures) lorsque les touristes se reposent, ce qui leur demande des efforts supplémentaires très importants qui compromettent leurs succès.




Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
4 av. Hoche - 75008 Paris
Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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