Le lycaon

Famille des Canidés

Le lycaon (Lycaon pictus) est une espèce exclusivement africaine en voie de disparition en Afrique de l'Est où il devient très difficile de l'apercevoir. C'est un prédateur qui fréquente les savanes ouvertes, les steppes et les semi-déserts, il monte jusqu'à 3000 m d'altitude, mais s'observe occasionnellement à des altitudes plus élevées sur les monts Kenya et du Kilimandjaro. Un groupe de 5 lycaons a même été observé au sommet du Kilimandjaro à 5894 mètres d'altitude. Il existerait encore quelques meutes au Sahara, il est absent de l'Afrique du Sud. En revanche, il évite les forêts humides, mais depuis quelque temps des lycaons seraient observés dans des forêts d'Ethiopie.

Le lycaon ressemble à un chien. Le corps, musclé et nerveux, repose sur de longues pattes. La tête forte et large, le museau épais et les mâchoires puissantes témoignent du développement de l'appareil masticateur. A cause de ses grandes oreilles arrondies, de son poil court et grossier et de ses fortes mâchoires, il a d'abord été classé parmi les hyènes d'où la dénomination de cynhyène (chien-hyène). Il n'a cependant pas le dos tombant si caractéristique des Hyénidés et il présente une musculature plus fine. Le lycaon est en fait un Canidé bien qu'il soit le seul membre africain de cette famille à être un carnivore exclusif. Son pelage est parsemé de taches de formes et de couleurs très variables (noires, brunes, jaunes voire blanches) suivant les individus. Elles permettent d'identifier facilement les individus. C'est pourquoi il a été aussi appelé loup peint. Haut sur pattes, le lycaon mesure de 70 à 75 cm au garrot pour un poids de 18 à 28 kg.

Au petit matin, lorsque le soleil est à peine levé, ou le soir au crépuscule, les lycaons se mettent en chasse en petit groupe. Ainsi, ils évitent d'effectuer de longues courses durant les heures chaudes. Contrairement aux Félidés, les lycaons ne pratiquent ni l'approche masquée, ni l'affût.

Leur pelage tacheté ne leur permet pas de se dissimuler longtemps, même en pratiquant une avance par reptation. Les lycaons avancent donc lentement vers leurs proies en trottant et lorsqu’ils s'estiment suffisamment près de leurs victimes, ils lancent l'attaque. Ils ne semblent pas pratiquer au départ une observation assidue du groupe qu'ils vont poursuivre et ne paraissent pas rechercher, comme le fait l'hyène tachetée, la bête la plus faible, mais ce point est contesté. C'est la course, pendant laquelle les lycaons restent en contact entre eux grâce à leurs glandes odorantes, qui leur permet de sélectionner l'animal présentant des signes de lassitude et de faiblesse. Une fois leur victime repérée, ils se concentrent exclusivement sur elle et n'en changent que si une autre proie paraît encore plus vulnérable. Soudain, le rythme s'accélère et la meute se déploie en demi-cercle, coupant les écarts à leur victime. Si par hasard, la proie qui semblait à portée de museau fait une embardée et que le lycaon la Poursuivant ne peut suivre l'esquive, la meute n'est pas désarmée par cette manœuvre. Un deuxième lycaon, posté à quelques mètres derrière, n'a à parcourir qu'un côté de triangle alors que l'animal poursuivi a parcouru les deux autres. La meute peut ainsi, à la longue, intercepter l'animal épuisé. Les lycaons peuvent courir 2 à 3 km à la vitesse moyenne de 56 km/h et plus de 5 km à la vitesse de 48 km/h de moyenne. Arrivés au niveau de la proie, les lycaons, démunis de griffes puissantes, ne peuvent immobiliser leur victime comme le fait la lionne. Ils la mordent et lui arrachent des morceaux de chair aux endroits les plus sensibles, flancs, croupe... Un des lycaons saisit parfois l'animal au museau, un autre par la queue, notamment pour les grosses proies comme un zèbre ou un gnou. Cette prise labiale à pour conséquence de provoquer l'immobilisation de la proie qui est alors éviscérée et dévorée vivante dans un climat d'excitation générale. Ce spectacle est un des plus spectaculaires à voir, d'autant que la mort ne survient en général qu'après une dizaine de minutes.

Les lycaons s'attaquent aux petites gazelles de Thomson, aux gazelles de Grant et plus particulièrement aux mâles territoriaux qui attendent le dernier moment pour abandonner leurs territoires et continuent, après les avoir délaissés, à effectuer des cercles autour d'eux. Ils s'attaquent aussi à des proies plus importantes, gnous, Gobes, bubales, damalisques, impalas, zèbres même adultes. Dans le parc national du Serengeti, Sur 298 proies tuées par des lycaons, les animaux de plus de 65 kg ne représentaient que 11 % de celles-ci. Dans l'écosystème Masai Mara-Serengeti, la gazelle de Thomson représente 75 % des proies chassées de juillet à décembre. Lors des périodes des naissances pour les Ongulés, les lycaons, (comme les hyènes), harcèlent les gnous et les zèbres femelles lorsqu'elles mettent bas et n'hésitent pas à arracher les nouveau-nés des entrailles de leurs mères. Ce sont de telles scènes qui ont fait la réputation peu glorieuse des lycaons.

Hyènes et lycaons se nourrissent des mêmes proies, mais les chasses des lycaons sont plus efficaces que celles des hyènes. En effet, les lycaons agissent de manière concertée, alors qu'au sein d'une meute d'hyènes, les individus conservent des comportements individuels ce qui est parfois source d'échec. Le taux de réussite à la chasse est d'ailleurs très élevé de 50 à 70 % dans le parc du Serengeti contre 35 % pour les hyènes dans ce même parc. Dans le Serengeti, les lycaons se sont spécialisés dans la poursuite des gazelles de Thomson, des gnous et des zèbres, délaissant les bubales, les damalisques et les gazelles de Grant pourtant nombreuses. La chasse demande en effet de connaître parfaitement le comportement et les réactions des proies, d'où semble-t-il cette spécialisation. D'ailleurs dans le parc Kruger en Afrique du Sud, les lycaons, se sont spécialisés dans la chasse à l'impala. Pour réduire le coût énergétique de la chasse, les lycaons choisissent des proies jeunes, eunes, vieilles ou malades plutôt que des individus sains, qui représentent une menace pour eux ou diminue leur chance de succès.

Le lycaon est le Carnivore capable d'abattre les plus grosses proies, eu égard à sa propre masse, en raison de sa ténacité et de sa grande dépense d'énergie. Contrairement au léopard dont le taux de réussite à la chasse n'est que de 5 %, mais qui abandonne sa proie après une poursuite de quelques dizaines de mètres, et dépense ainsi peu d'énergie, les lycaons sont quasiment « condamner » à réussir. Si des membres de la meute ont lancé une poursuite de plusieurs kilomètres qui s'est avérée stérile, ils doivent réussir la suivante faute de s'épuiser. Il y a en effet une zone d'équilibre entre l'énergie à dépenser pour se procurer la nourriture et l'énergie qu'apporte la consommation de la proie. Si cet équilibre est rompu, l'animal n'a plus assez de force pour capturer de nouvelles proies et toutes ses tentatives se révéleront infructueuses, il s'épuise et risque de finir par mourir. Néanmoins, chez les lycaons cela ne revêt pas la même importance que chez un chasseur solitaire comme le guépard. En effet, lorsqu’ils reviennent de la chasse, les lycaons ont la particularité de régurgiter, une partie de la nourriture pour ceux qui n'ont pas chassé, ainsi, tous les membres de la meute s'échangent les aliments. C'est pourquoi on parle parfois d'un « estomac commun » qui contribue largement à la cohésion du groupe.

Ce prédateur efficace, est un animal social très attentif à l'élevage des petits. A la différence du lion mâle qui s'approprie la meilleure part du gibier, sans se préoccuper de ce qui reste pour sa progéniture, le rôle de tout adulte est de protéger le groupe et d'apporter suffisamment de nourriture aux nombreux petits qui naissent. L'organisation sociale est d'ailleurs particulière, car elle est opposée à celle des autres Mammifères sociaux. Certains naturalistes parlent même de sociabilité inversée. En effet, les groupes sont composés de mâles et ce sont les jeunes femelles qui quittent la meute et tentent de s'accoupler ailleurs. L'ensemble de la meute participe à l'élevage des chiots, mais elle n'élève qu'une portée à la fois. Quand une femelle est pleine, les autres femelles subadultes et jeunes adultes émigrent vers une autre meute où elles peuvent parvenir en haut de la hiérarchie et avoir des petits, ce qui explique l'extrême compétition entre les femelles et l'intensité des agressions beaucoup plus fréquentes que chez les mâles. Les lycaons vivent en groupe d'une vingtaine d'individus mais pouvant atteindre parfois de 40 à 60 membres. Mais en Afrique de l'Est les effectifs sont très faibles et les clans plus restreints. Le clan « typique » du Serengeti, (il n'en reste d'ailleurs qu'un sur le Serengeti central autour de Seronera) comprend 6 adultes en moyenne (4 mâles et 2 femelles) et leurs chiots.

Les lycaons n'utilisent pas toujours de terriers comme abris. Ils se reposent en se blottissant les uns contre les autres, là où la nuit les a surpris. Lorsqu'une femelle est gestante, ils occupent un terrier abandonné par un animal, en général, un oryctérope ou un phacochère. La femelle très prolifique met bas de 2 à 15 petits après une gestation d'environ 70 jours. Les jeunes sont gardés par la mère qui reste à l'entrée du terrier pendant que les autres membres de la meute partent à la recherche du gibier. Les petits naissent aveugles et marchent vers 2 semaines. La mère complète alors l'allaitement par des morceaux prédigérés liquides ce qui permet aux petits de se passer d'eau jusqu'à leur quatrième semaine durant laquelle ils s'aventurent pour la première fois en dehors du terrier. En cas de danger, elle déplace ses jeunes. Le lycaon quitte définitivement le terrier vers 6 mois, atteint sa maturité sexuelle vers 18 mois et possède une espérance de vie d'une douzaine d'années.

 



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR