Le protèle

Famille des Hyénidés

Des hyènes, le protèle a l'allure, avec son dos un peu tombant, ses pattes minces, ses oreilles assez grandes et pointues. Il ressemble plus particulièrement à l'hyène rayée avec qui il a aussi en commun la coloration de son pelage et certains traits de son comportement. Néanmoins, en l'observant attentivement, on s'aperçoit qu'il diffère de ses deux cousines sur plusieurs points. Il est d'abord plus petit. Il mesure environ 45 à 55 cm au garrot. Il est aussi moins massif ; il pèse seulement 7 à 12 kg. Ses pattes antérieures sont terminées par 5 doigts contre 4 pour les hyènes. Sa tête et ses épaules sont moins puissantes et son museau est plus effilé. Il ne possède pas en effet le terrible appareil masticateur qui permet aux hyènes de broyer n'importe quel os.

Le protèle habite les prairies et les savanes arborées pourvu qu'elles abritent suffisamment de termites dont il fait une très grande consommation. Sa répartition est discontinue. Il existe un ensemble de populations allant des bords de la mer Rouge jusqu'au centre de la Tanzanie. L'autre ensemble habite les zones arides et de savanes de l'Afrique australe, ces deux zones sont séparées par le miombo. Le protèle est nocturne et parcourt son territoire de quelques kilomètres carrés dans la première et la dernière partie de la nuit. Il couvre environ un kilomètre en une heure. Il avance le museau abaissé mais immobile et ses grandes oreilles se déplacent en toute direction. Le protèle détecte les termites par le bruit qu'ils font. Il les capture grâce à sa langue très longue, très mobile, recouverte d'une salive gluante et poisseuse qui colle les insectes. Ses périodes d'activité et son comportement dépendent de ces termites.

Les périodes d'activité du protèle sont en effet semblables à celles des termites champignonnistes (Trinervitermes sp.) qu'il affectionne particulièrement. Ceux-ci sont peu pigmentés et ne sortent que soir et la nuit en petite colonie dense d'ouvriers pour couper l'herbe nécessaire à la réalisation de la meule sur laquelle ils cultivent le champignon dont ils se nourrissent. Une aubaine pour le protèle qui ingurgite en une nuit 200000 termites, soit un kilogramme qui possède la même valeur nutritionnelle que 750 grammes de viande maigre. Quand une colonie de termite est attaquée, les ouvriers sans défenses retournent précipitamment dans leur trou tandis que les soldats armés se jettent sur l'agresseur et libèrent des substances volatiles toxiques qui finissent par décourager l'assaillant. Le protèle continue à se nourrir même quand le nombre de soldats dépasse celui des ouvriers, puis quand ils deviennent prépondérants, le protèle se dirige vers une autre zone de nourrissage.

Lorsqu'arrive la saison des pluies, l'activité de ces termites se ralentit et le protèle doit trouver une nourriture de rechange, le régime alimentaire devient plus varié ; il se rabat alors sur le grand termite champignonniste (Hodo¬termes mossam¬bicus). Ce termite est beaucoup plus pigmenté et se déplace le jour. Malheureusement, ce termite fourrage individuellement, ce qui rend sa collecte beaucoup moins fructueuse pour le protèle. Le protèle consomme aussi d'autres insectes, des larves, des petits mammifères, des œufs d'oiseaux, des lézards et même des charognes dont il mange les chairs et les parties molles, car il est incapable de briser les os.

Nocturne, mais un peu moins pendant la saison des pluies, vous avez par conséquent peu de chance de l'apercevoir et ce d'autant plus qu'il est très menacé et en voie de disparition. Le hasard cependant peut en mettre un sur votre route après une nuit fraîche lorsque, indolent, il prend le soleil devant sa tanière, mais attention à ne pas le confondre avec une hyène rayée ! S'il lui arrive de creuser son terrier dans un sol meuble, il préfère s'installer dans une tanière abandonnée. En général, il utilise celle d'un oryctérope ou d'un lièvre sauteur ; elle est agrandie ou réagencée en fonction de ses besoins. Il aménage à l'entrée une dépression pour les bains de soleil. Contrairement à l'hyène tachetée, le protèle est un solitaire qui vit en couple pour élever les jeunes et semble partager, même en dehors de la période de reproduction, un territoire commun. Le territoire est marqué de manière spécifique ce qui limite les incursions d'autres protèles. Les deux sexes possèdent des glandes anales développées et en déposent les sécrétions sur les tiges des graminées. Les protèles produisent leurs fèces durant la nuit, lorsqu'ils parcourent leur territoire à la recherche de nourriture. Dans un territoire, il existe jusqu’à dix trottoirs en service ; Les excréments atteignent 5 cm de diamètre et représentent, en une seule défécation, jusqu'à 8 % du poids de l’animal !

Durant la période de reproduction, le territoire est souvent envahi par des intrus qui réussissent parfois à s'accoupler avec la femelle résidente. La femelle met bas de 2 à 4 petits qui restent 6 à 8 semaines dans la tanière avant de sortir. Parfois, plusieurs femelles se groupent et s'occupent de leur progéniture en commun. Au début de la saison des amours suivante, les petits circulent déjà en dehors des territoires des parents et, lorsque la nouvelle génération commence à fourrager, l'ancienne a déjà quitté la région. Incapable de se défendre contre des prédateurs puissants (lions, léopards et hyènes tachetées), il tente d'impressionner son adversaire en hérissant la longue crinière qui lui court de la nuque à la queue. Si le subterfuge n'est pas suffisant, il projette sur son adversaire un liquide musqué provenant de ses glandes anales et prend la fuite. Sa queue lui sert de gouvernail pour les changements rapides de direction et de paravent pour protéger son corps des morsures. Le protèle se fait de plus en plus rare en Afrique de l'Est. Il en subsiste dans plusieurs parcs kenyans (Amboseli, Meru, Marsabit, Samburu, Nakuru et peut-être à Bogoria, mais il n'y a pas d'observations récentes) et dans quelques parcs tanzaniens (Tarangire, Serengeti et peut-être Ruaha).

 


Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR