L'éléphant

Famille des Eléphantidés

On distingue chez l'éléphant d'Afrique deux formes que beaucoup de zoologistes considèrent comme deux sous-espèces : l'éléphant de forêt (Loxodonta africa¬na cyclotis) qui occupe les forêts primaires d'Afrique occidentale et centrale et l'éléphant de savane (Loxodonta africana africana). Ces deux sous-espèces présentent des différences physiques. cyclotis est plus petit (2,20 m à 2,80 m au garrot) contre 3 à 4 mètres pour l'éléphant de savane, le plus grand des vertébrés terrestres. Les oreilles de l'éléphant de forêt sont nettement arrondies et non pointues à la base antérieure comme celles de l'éléphant de savane dont la morphologie rappelle celle du continent africain où il était naguère présent partout au sud du Sahara. Il est aussi plus foncé que son cousin et ses défenses sont plutôt rectilignes et incurvées seulement à leur extrémité. Chez l'éléphant de savane, elles sont plus longues, plus robustes, et courbées sur toute leur longueur. L'éléphant de savane possède 4 ongles aux pattes antérieures et 3 aux postérieures alors que l'éléphant de forêt en à 5 aux antérieures et 4 aux postérieures. En Afrique centrale, dans les zones alternent forêts et savanes on observe, soit des troupeaux dont les individus possèdent des caractères intermédiaires, soit des troupeaux distincts. Au Kenya et en Tanzanie, seul l'éléphant de sava¬ne (Loxodonta africana africana) est présent.

On a décrit une troisième forme, l'éléphant nain (Loxodonta pumilio) qui se distinguerait par son habitat (forêt primaire d'Afrique de l'Ouest et du Centre) et par sa taille qui ne dépasserait pas deux mètres au garrot. Il vivrait en petit troupeau très agressif vis-à-vis des Pygmées qui le craignent. Ces éléphants, peu connus, sont considérés comme étant soit des bandes de jeunes cyclotis, soit un écotype de cyclotis, soit enfin pour certains une espèce ou une sous-espèce particulière adaptée à ces forêts et appelée par les partisans de cette dernière thèse, l'éléphant pygmée (Loxodonta pumilio). Les observations sur le terrain et l'étude des squelettes de ces éléphants de petite taille ont amené Pierre Pfeffer à considérer ces petits éléphants comme étant des jeunes de cyclotis vivant en marge des groupes matriarcaux.

Une étude génétique de 1997 suggérerait que l'éléphant de forêt et l'éléphant de savane pourraient avoir atteint un niveau de différenciation qui conduirait à les considérer comme deux espèces séparées. Cette thèse est loin de faire l'unanimité d'autant plus qu'elle tombe l'année où l'éléphant a été déclassé et on pourrait voir dans cette interprétation une tentative pour créer une nouvelle espèce sans aucun statut de protection comme cela s'est déjà produit en 1976 avec le rorqual bleu nain.

La hauteur moyenne des mâles de l'éléphant de savane est de 3,3 m au garrot avec un record de plus de 4 mètres pour un individu tué en Angola en 1955. Ce dernier, naturalisé, est visible au Muséum de Washington. Les mâles pèsent entre 4,5 t et 5t, mais certains individus dépassent les 6 tonnes. Les femelles sont plus petites, elles mesurent 2,5 m en moyenne pour un poids compris entre 2 et 3 tonnes. La taille de ces animaux augmente durant toute leur vie. Si jusqu'à 25 ans, la croissance est rapide, elle se ralentit ultérieurement. Elle est aussi fonction de la qualité et de la quantité de l'alimentation. Le crâne de l'éléphant est volumineux, mais allégé par de vastes sinus. C'est une structure de soutien, de fixation pour les puissants muscles du cou, de la mâchoire inférieure et de la trompe.

Les éléphants, malgré leur masse imposante, sont silencieux. Lorsqu’ils marchent, ils traversent un camp, passent à côté des tentes sans se faire repérer. Ce sont des digitigrades « compensés » dont les phalanges s'appuient sur le substrat par l'intermédiaire d'une sole plantaire formée d'un épais coussinet fibreux et graisseux dont la peau plissée permet une meilleure adhérence. L'assise est sûre et le poids de l'animal est réparti sur ses quatre membres-piliers. Les éléphants laissent donc peu de traces sur les sols secs et poussiéreux des savanes. En revanche, sur un terrain humide, leurs empreintes sont immédiatement identifiables avec en général cinq onglons pour les membres postérieurs et quatre pour les antérieurs.

Les défenses sont les incisives supérieures hypertrophiées, elles sont visibles vers l'âge de 2 ans. La fabrication de l'ivoire s'effectue grâce à des cellules spécialisées (odontoblastes) de la cavité pulpaire situées à la base de la défense. Elles sont plus développées chez les mâles que chez les femelles. Leur croissance est continue et s'accélère dans la deuxième partie de la vie de l'éléphant vers 25 ans. Contrairement aux autres dents, elles ne sont pas recouvertes d'émail sauf à leur extrémité. L'ivoire de l'éléphant de savane a un grain plus gros et plus tendre que celui de forêt, ce dernier est, de ce fait, plus recherché. Le poids moyen d'une défense pour un vieux mâle est de 60 kg avec un record de 102,7 kg. La plus grande défense mesurée atteignait 3,49 m de longueur. En général, les éléphants possèdent une défense plus courte que l'autre qui correspond à celle la plus utilisée, ainsi les éléphants sont soit droitiers soit gauchers!

La trompe est un organe complexe dont l'origine est mal connue. Elle est constituée par 150000 fibres musculaires qui lui donnent une très grande force et une très grande dextérité. La trompe de l'éléphant se forme dans l'utérus. La découverte, il y a une dizaine d'années d'un très jeune fœtus, dont la trompe et la lèvre supérieure étaient déjà très nettement séparées a conduit à l'hypothèse que la trompe ne serait que l'appendice nasal hypertrophié et ne résulterait pas de la fusion de la base du nez et de la lèvre supérieure. Cependant, chez tous les autres fœtus d'éléphant connus, le développement de la trompe débute par la jonction de la lèvre supérieure qui se colle à la région sous-nasale. Ce fœtus, extraordinaire à plus d'un titre, faute d'avoir été conservé de manière adéquate, s'est dégradé sans avoir livré tous ses secrets. Cette trompe, organe olfactif à l'origine, est aussi préhensile et son extrémité bilobée ajoute la précision à la réalisation de cette fonction. Munie de poils sensoriels faisant office de vibrisses, elle devient un organe tactile d'une grande finesse. C'est donc un organe complexe à multiples fonctions. Pour Rudyard Kipling, l'auteur du livre de la jungle, l'explication qu'il nous donne dans : Histoires comme ça pour les enfants parues en 1902 est plus simple, un crocodile à tiré sur le nez, jadis court, d'un éléphant et l'a étiré jusqu'à former ce curieux appendice.

Les oreilles, impressionnantes, ont elles aussi, plusieurs fonctions, mais ce sont avant tout des organes de thermorégulation. Richement irriguées par de gros vaisseaux sanguins et souvent en mouvement, elles permettent l'évacuation de l'excès de chaleur corporelle. Avec leurs entailles, leur réseau vasculaire propre à chaque éléphant, elles sont aussi pour le chercheur une clef d'identification des individus.

Dans les conditions naturelles, la longévité de l'éléphant est de 60 ans, s'il a la chance d'échapper, jeune aux prédateurs, lions et crocodiles principalement, adulte aux maladies et surtout aux braconniers. La peau est à la fois épaisse (4 à 5 cm) et très fragile. Les bains d'eau, de boue, de poussière sont indispensables pour la préserver des attaques des parasites et du soleil.

Les troupeaux ou hardes sont essentiellement constitués de femelles et de jeunes adolescents des deux sexes. La conduite en revient à une vieille femelle expérimentée, la matriarche, qui décide des mouvements, des déplacements de l'ensemble de la troupe. Les mâles sont à l'écart du groupe et ne vont vers les femelles que lors des périodes de rut. Les vieux patriarches sont souvent accompagnés par un ou deux males plus jeunes, appelés pages, qui semble plus vigilants, plus alertes. Dans cette association, l'ancêtre bénéficie de la surveillance, par les sens encore très fins du plus jeune, tandis que ce dernier profite de l'expérience de l'ancien. On rencontre aussi des petits groupes de mâles, trop âgés pour pouvoir rester dans le clan maternel et trop jeunes et inexpérimentés pour vivre solitaires. Ils forment ainsi des groupes de célibataires. Dans ces groupes familiaux tous les individus sont apparentés, mères, sœurs, grands-mères, frères.

Un groupe occupe une surface géographique variable sur laquelle il se nourrit. Elle est plus ou moins étendue en fonction de l'aridité du milieu. Si le groupe devient trop important, il se scinde en conservant à la tête de chaque sous-groupe une femelle dominante. Les groupes d'un même domaine sont donc apparentés. Ces groupes se rencontrent fréquemment ce qui donne lieu à des cérémonies de retrouvailles. En cas de danger, la pression due au braconnage par exemple, les groupes ne se quittent plus, constituant d'énormes troupeaux. Un régal pour les chasseurs qui réalisent de véritables carnages ayant donné lieu à la légende du cimetière des éléphants.

Une hiérarchie dicte les relations entre les animaux. Elle permet d'établir notamment le positionnement de chaque éléphant dans la structure de déplacement (matriarche en tête). Elle n'exclut pas cependant une solidarité très prononcée. Si l'un deux est agressé ou blessé, il y a toujours un congénère qui vient à son secours. Lorsqu'un éléphant veut impressionner un ennemi (fauve, homme...), il charge sur quelques dizaines de mètres. Il écarte alors les oreilles ce qui augmente sa surface corporelle et le fait paraître ainsi encore plus impressionnant, il lance sa trompe, barrit à l'occasion, le tout dans un nuage de poussière. Puis, il s'arrête net pour faire demi-tour en jetant un œil par dessus son épaule. S'il a décidé de tuer l'intrus, il plaque le malheureux au sol et l'embroche sur ses défenses. Les charges d'intimidation sont les plus fréquentes. Dans cette société matriarcale, la femelle de tête qui a sous sa responsabilité le reste du troupeau, est la mémoire du groupe. Après 50 ans d'expérience, elle sait où guider le groupe pour trouver les points d'eau, les meilleurs pâturages, comment organiser une fuite, une défense...

A ses côtés, les autres femelles apprennent puis prennent le relais. L'expérience mise en mémoire par un individu et transmise à la génération suivante, on serait presque amené à parler de cultures (ne dit-on pas... une mémoire d'éléphant!). Dans les troupeaux actuels, les matriarches sont jeunes et n'ont pas l'expérience qu'avaient leurs aînées. Les groupes sont plus fragiles et parfois désorientés.

Cette vie sociale si élaborée et complexe implique un échange très dense d'informations par de nombreux moyens de communication. Plus de 25 émissions sonores ont été identifiées et à chacune une interprétation a été donnée. Certaines sont inaudibles par l'homme ou très difficilement. Ce sont les infrasons. Ces sons ont d'abord été étudiés sur les baleines puis sur les éléphants. Ils ont des fréquences variant de 5 à 28 hertz, alors que l'oreille humaine ne perçoit rien au-dessous de 20 hertz. Les infrasons portent loin, de 2 à 4 km pour l'éléphant, voire jusqu'à une dizaine de kilomètres quand la couverture nuageuse est importante. Ces infrasons sont émis par l'éléphant à diverses occasions : recherche d'un individu, du groupe, appel d'une femelle en œstrus, inquiétude... Les barrissements et les soufflements constituent les autres moyens sonores de communication. De nombreuses attitudes et mimiques complètent cette panoplie : la trompe dressée signifie l'inquiétude, la trompe sur la glande temporale d'un congénère est signe d’identification, le salut est marqué par la trompe devant la bouche, alors que la trompe enroulée sur une défense montre le désir de non agression. La trompe est donc un organe très polyvalent. Les éléphants communiquent de multiples façons. Les oreilles écartées sont un signe de menace et d'intimidation. Le balancement d'une patte antérieure en prenant appui sur les trois autres montre l'incertitude face à un choix, un embarras, tandis que les sécrétions traduisent l'excitation (sexuelle, stress, contentement...). La liste est longue et les éthologistes poursuivent leurs recherches.

L'éléphant est un végétarien strict. Il consomme aussi bien l'herbe des savanes, que les feuilles, le bois, les bulbes, les racines et même les plantes aquatiques comme à Amboseli (Kenya) et les fruits. A ce propos, les nombreuses graines qu'ingurgitent l'éléphant en consommant les fruits ne sont pas digérées, mais expulsées plus loin avec les excréments. L'efficacité de la digestion est très inférieure à celle des ruminants, 44 % contre 66 %, ce que montrent les nombreuses fibres contenues dans le crottin. Un vieux mâle produit environ 130 kg de crottin par jour. Il participe ainsi à la dispersion des espèces végétales. Rien de ce qui est végétal ne lui échappe. Un éléphant consomme en générale plus d'une centaine d'espèces de végétaux ce qui évite la destruction des milieux qu'il fréquente. Cette phytophagie, pour peu que l'éléphant trouve ses 200 kg de végétaux quotidiens (150 à 170 kg en saison sèche 200 à 280 kg en saison humide) lui a permis de s'établir dans tous les milieux : forêt, savane, marais... et de s'adapter aux transformations de son habitat occasionnées par les hommes ou le climat. La recherche de l'eau (70 à 90 litres par jour) l'amène à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour arriver chaque soir à un point d'eau.

La trompe permet à l'éléphant de ramasser au sol sa nourriture qu'il est incapable de prendre directement dans sa bouche. Il arrache ainsi des touffes d'herbe en les déracinant d'un coup de pied. En enroulant sa trompe autour des branches, il détache des rameaux entiers accédant ainsi à la strate arborée comme la girafe. Avec l'extrémité bilobée de sa trompe, il cueille des fruits, des feuilles, ou ramasse les restes d'un repas laissé par un homme. Il aspire l'eau par sa trompe qui contient jusqu’ à 25 litres, puis la vide dans sa bouche. Avec ses défenses, il écorce les arbres et consomme l'aubier riche en sève; les baobabs de Tarangire en sont un des exemples le plus démonstratif. Il n'hésite pas à abattre un arbre pour se régaler ensuite de son feuillage. Il se sert aussi de ses défenses pour creuser et accéder aux racines et tubercules. Les éléphants consomment régulièrement de la terre salée qu'ils trouvent dans des sites qu'ils exploitent depuis des années, voire depuis des siècles (grottes du mont Elgon). Dans ces salines, ils trouvent des sels minéraux indispensables à leur santé et à leur croissance (du sodium essentiellement et divers oligo-éléments : fer, calcium, magnésium) que leur alimentation ne leur apporte qu'en quantité réduite. L'influence de la qualité de la terre ingérée sur la taille des défenses a été démontrée. Les jeunes éléphants consomment pendant quelque temps du crottin pour ensemencer leur tube digestif en microorganismes.

Lorsque la saison sèche arrive, l'herbe desséchée devient inconsommable et les éléphants rejoignent les zones boisées pour exploiter les arbres et les arbustes. Quand la saison humide a fait verdoyer de nouveau la savane, ils quittent les forêts, abandonnant leur régime phyllophage et xylophage pour redevenir herbivore en s'attaquant principalement à la strate herbacée. Ces déplacements à la recherche de nourriture ont été appelés « migrations » par certains auteurs. Il est vrai que les animaux parcourent parfois de longues distances en empruntant souvent des itinéraires fréquentés depuis très longtemps et ce de façon régulière. Certains végétaux, et plus particulièrement les herbes, sont riches en silice, un minéral abrasif qui use les dents. Les Ongulés ont résolu ce problème, ils possèdent en général des dents à croissance continue qui compense l'usure. L'éléphant présente une réponse qui lui est toute spécifique : six dentitions se succèdent au cours de son existence. Quand une génération de molaires s'use, une nouvelle apparaît et la remplace. Mais lorsque la dernière, la sixième est mise en place vers 30-35 ans puis usée, l'éléphant ne peut plus broyer efficacement sa nourriture qui est mal digérée, donc mal absorbée. Il maigrit et finit par mourir de faim, et d'épuisement vers 60 ans. C'est la fin naturelle des vieux éléphants.

La maturité sexuelle chez l'éléphant se situe vers 10-12 ans. Le cycle sexuel des femelles est annuel, l'œstrus est court et ne dure que 4 à 5 jours et à 50 ans elle ne peut plus avoir de jeunes. La fécondité varie selon les années. Si la sécheresse est importante et longue (plus d'une année), peu de femelles entrent en œstrus et il y a peu de naissances. Inversement, les pluies induisent une production végétale importante et riche qui déclenche l'œstrus un à deux mois après. C'est donc le facteur alimentation qui semble être à l'origine de l'activité sexuelle des femelles. Chez les mâles, elle est continue avec un maximum en mai et octobre à l'entrée des deux saisons des pluies. Musth est le terme qui désigne le mâle en excitation, ce comportement est dû à une production accrue de testostérone. Il émet fréquemment des jets d'urine, produit d'abondantes sécrétions péniennes; mais ce qui est le plus caractéristique c'est le liquide visqueux et âcre produit par les glandes temporales qui coule sur les joues. Les mâles sont alors très réceptifs aux femelles et deviennent agressifs vis-à-vis de leurs congénères qu'ils chargent et combattent. Ils détectent les différentes molécules produites par les femelles en chaleur et inversement les femelles sentent l'odeur du mâle en rut. Tout au long de l'œstrus la femelle envoie des signaux sonores sourds (infra¬sons) qui doivent avoir un pouvoir attractif sur les mâles vivant à l'extérieur de ces hardes matriarcales. Ainsi, les musth se rapprochent des troupeaux à la recherche des femelles réceptives. L'état de musth dure 3 à 4 mois à l'âge de 40 ans et 1 semaine à 30 ans. Lors de la rencontre des deux partenaires, le mâle le plus âgé exclut de l'environnement de celle qu'il a choisie les éventuels concurrents plus jeunes, soit par des charges, soit par des combats rituels parfois violents. En général, le plus jeune quitte les lieux de lui-même. La femelle ne s'offre pas immédiatement au premier venu et semble s'assurer qu'elle s'accouple avec le plus âgé. Le géniteur, après avoir flairé les parties génitales de la femelle, pose son menton sur sa croupe pour se hisser. Son phallus d'environ 1,20 m de longueur pour dix centimètres de diamètre et 27 kg a, en érection, une forme de S caractéristique, recourbé à l'extrémité, qui épouse parfaitement le vagin de la femelle. L'accouplement dure environ 30 secondes. Durant ce moment, les autres mâles semblent curieux et excités, tandis que les femelles traduisent leur inquiétude par une série de mimiques et attitudes. Ensuite, les deux partenaires émettent des sons sourds et s'attouchent. Ils restent ensemble, plus ou moins écartés du troupeau. Les accouplements sont rares, environ trois au cours de l'œstrus, donc difficiles à observer. Puis, le mâle reprend sa vie de solitaire tandis que la femelle retrouve son groupe familial.

Les naissances ont lieu généralement au début de la saison des pluies après 22 mois de gestation. A cette époque, la nourriture est abondante et les femelles produisent un lait riche. Lorsqu’'une mère met bas, les autres l'entourent au moment de la parturition. on. Une heure après la naissance, le petit se tient debout et suit sa mère, il pèse déjà 120 kg. Les jumeaux sont très rares. La femelle n'a pas assez de lait pour les deux petits, la compétition entre les deux jumeaux est donc rude et aboutit en général à la mort de l'un d'eux. 50 % des jeunes meurent avant quinze ans et parmi les survivants, un sur cinq arrive à l'âge de 30 ans. Malgré la surveillance de la mère et des femelles du groupe, les nouveau-nés sont parfois victimes des prédateurs (lions, hyènes ou crocodiles). Le jeune se déplace souvent sous l'ombre de sa mère, entre ses pattes. Là, il accède aux deux mamelles situées entre les membres antérieurs. Il tète avec sa bouche, trompe relevée et consomme ainsi dix litres de lait par jour. La trompe maternelle l'en- ace et le soutient les premiers jours. La mère produit du lait pendant deux ans, mais très tôt l'éléphanteau consomme des végétaux et garde cette alimentation mixte plus de deux ans. Le sevrage est donc progressif. Durant l'élevage du dernier-né, les frères et les sœurs aînées tètent occasionnellement jusqu'à l'âge de six ans, mais ce comportement semble plus social qu'alimentaire et permet le maintien des liens familiaux.

Les jeunes jouent souvent entre eux et s'intéressent à tout ce qu'ils rencontrent d'insolite dans leur environnement. Leurs charges d'intimidation sont fréquentes et amusantes à observer. Avec le braconnage, le nombre d'orphelins est devenu énorme. Les cas d'adoption sont rarissimes dans la nature, car le jeune reste à côté du cadavre de sa mère plusieurs jours et perd le contact avec son groupe qu'il ne retrouve pas. On a cependant pu replacer des éléphanteaux orphelins au sein de leur groupe et des adoptions ont été observées.

Les éléphants ont toujours fasciné l'homme. C'est un symbole, celui de l'Afrique sauvage, des derniers espaces libres. Il représente à la fois la force et la sagesse, la violence et la tendresse. Sa mémoire et sa longévité comparables à celle de l'homme ajoutent à cette fascination. A l'inverse, l'éléphant se méfie de l'homme et de ses activités. Il a toujours été chassé par les populations locales pour sa viande et puis l'ivoire est devenu un matériau de convoitise.

Au début du siècle, la population africaine de l'éléphant est estimée à plus de 5 millions d'individus. La population est tombée à 2,5 millions d'individus en 1950, 2 millions en 1960, 1 million en 1980, 750000 en 1985, 400000 en 1987 et entre 350000 et 580000 individus en 1996. En 1989, ce sont 100000 éléphants qui ont été abattus. Le Kenya, par exemple, a perdu 90 % de sa population d'éléphants et en 1989, le Kenya comptait environ 19 000 éléphants. Les lois de protections nationales ont peu d'effet, le braconnage continu. Ainsi, début 1995, 3 mâles ont été abattus dans la réserve d'Amboseli. Le braconnage sévit toujours et de juin à début décembre 1996, 8 superbes éléphants mâles de ce parc ont été tués en Tanzanie et 3 mères suitées ont disparu, mais fort heureusement leurs jeunes ont été adoptés par d'autres femelles du groupe ce qui est exceptionnel. Les braconniers aveuglés par l'appât du gain, équipés par leurs commanditaires d'armes automatiques font des carnages et se retournent parfois contre les rangers (les gardes des parcs) et même parfois les touristes lorsqu'ils deviennent des témoins gênants. Le Kenya a ainsi connu sa période noire en 1987.

Pour remplacer l'ivoire, on a recherché des produits de substitution. L'ivoire végétal ou corozo, une substance blanche et dure contenue dans le fruit de certains palmiers comme le palmier doum, le palmier rônier et le Phy¬telephas, tend à remplacer progressivement l'ivoire animal. Chez le cocotier, il est comestible et nommé coprah. C'est pourquoi, l'autorisation du commerce de l'ivoire, même avec des restrictions est une aberration. De plus, la reprise du commerce de l'ivoire par certains pays a déjà entraîné de fait la reprise du braconnage dans d'autres pays qui l'exportent vers les pays autorisés. A ce problème, s'ajoute celui de l'explosion démographique provoquant la disparition des territoires naturels au profit des zones agricoles diminuant l'habitat des éléphants.

Comble du paradoxe, dans certaines réserves, les populations d'éléphants sont devenues si denses qu'ils mettent à mal la végétation et par là en péril tout l'écosystème comme à Tsavo et à Amboseli. C'est pourquoi les éléphants sont parfois accusés de saccage. On estime à 100 millions de dollars les dégâts qu'ils causent chaque année. Pourtant au début du siècle, l'Afrique abritait probablement plus de 5 millions d'éléphants sans qu'ils ne constituent un danger pour les écosystèmes. Les 350000 survivants seraient-ils devenus subitement destructeurs? Ce n'est pas sur les éléphants qu'il faut rejeter la faute des dégradations. Ce n'est, en effet pas leur nombre qui est en cause mais l'étroitesse des réserves qu'ils occupent. A Amboseli, le problème est plus complexe, non seulement les éléphants sont nombreux, mais leurs migrations vers de nouveaux pâturages ont été rendues impossibles par la sédentarisation des populations Masai par le gouvernement kenyan. Les éléphants ne peuvent plus se rendre à la saison sèche au pied du Kilimandjaro où la végétation reste verte, résultat : ils surexploitent le parc. D'après Cynthia Moss qui étudie les éléphants Amboseli depuis plus de 30 ans, il faudrait éliminer entre le tiers et la moitié des éléphants du parc pour que la végétation puisse reprendre le dessus, mais cette « solution » ne l'enthousiasme pas. Ce n'estas le projet de replanter des arbres à Amboseli qui résoudra le problème. Il faut avoir le courage de fermer le parc plusieurs mois dans l'année, pour éviter les dégradations supplémentaires liées au tourisme dans cet espace fragile, et surtout, rouvrir les couloirs de migrations, mais sans que cela se fasse aux dépens des Masaï.
Dans le parc de Ruaha en Tanzanie, la forte densité des éléphants entraînait, là aussi, des dégradations importantes chez les baobabs, comme cela a été mis en exergue par des études réalisées entre 1976 et 1982. Depuis, il n'y a plus de problème significatif. Probablement parce que la majorité des éléphants mâles adultes a été massacrée par les braconniers. A Manyara, le braconnage explique le déclin important des éléphants dans le parc. En 1984, leur population était estimée à 500 individus et à 150 en 1988 et à seulement 60 individus en 1992; chiffre stabilisé voire en légère hausse aujourd'hui. La taille des groupes d'éléphants se répartit selon un modèle aléatoire d'association d'individus, indiquant une destruction par le braconnage de la structure sociale.

Dans les années quatre-vingt-dix, on trouve donc d'immenses territoires sans aucun éléphant, quelques réserves surpeuplées, et une espèce qui semble vouée à la disparition si elle n'est pas totalement protégée. Soit, ils seront exterminés jusqu'au dernier, soit les effectifs tomberont si bas, les populations seront tellement isolées les unes des autres que les croisements consanguins deviendront inéluctables avec pour conséquence l'appauvrissement du patrimoine génétique. L'espèce deviendra fragile, peu adaptable aux changements et finira par disparaître.

Très tôt, les organisations de protection de la faune, ont alerté l'opinion internationale en demandant que l'éléphant soit classé en annexe 1 de la Convention de Washington assurant ainsi la protection totale de l'éléphant d'Afrique en interdisant le commerce international de l'ivoire. Après des années d'efforts, en octobre 1990, c'était chose faite. Il a rejoint ainsi d'autres espèces menacées comme le panda. L'effet a été immédiat, les prix de l'ivoire ont chuté, l'importation a cessé. Avec l'interdiction du commerce de l'ivoire, le braconnage s'est réduit et la population semble se stabiliser entre 350000 et 360000 individus. L'éléphant l'aurait-il ressenti? car déjà on le retrouve dans des territoires qu'il a désertés, plus paisible, avec, élément important pour le devenir de l'espèce, de nombreux nouveau-nés.

Le revers de la médaille est que dans certaines zones protégées les éléphants sont trop nombreux par rapport aux surfaces et aux ressources exploitables. Ils provoquent une destruction de leur propre habitat, des cultures, sont en compétition avec le bétail et détruisent parfois les maisons, voire tuent des habitants. Différentes solutions ont été proposées : l'abattage avec la vente de la viande, de la peau et de l'ivoire, c'est-à-dire le commerce; la reprise à une grande échelle de la chasse aux trophées qui est actuellement autorisée (le Zimbabwe à un quota de 400 individus à plus de 20000 $ la tête); le déplacement des troupeaux; la contraception des femelles.

Un groupe de 21 éléphants a été déplacé de la réserve de Mwea à Tsavo Est. Trois éléphants sont morts au cours des anesthésies et deux autres décédèrent faute de s'adapter aux nouvelles conditions du milieu. Tsavo compte maintenant environ 8 000 éléphants soit 5 fois plus que dans les années soixante-dix.

L'Afrique n'appartient plus aux éléphants, ils sont malheureusement confinés aux zones protégées, le reste du territoire appartient maintenant aux hommes. Ceux-ci ont besoin de plus en plus de surfaces cultivables pour alimenter une population en plaine expansion. Entre l'éléphant et l'homme, le choix n'est pas à faire. L'homme s'impose, c'est un fait, il est donc illusoire et utopique d'imaginer, à l'aube du XXIe siècle, une nature dans laquelle les grands mammifères pourraient vivre librement dans leurs déplacements. Il serait aussi déplacé, pour nous naturalistes occidentaux, d'imposer à l'Afrique des solutions que nous n'avons pas pu mettre en oeuvre dans nos pays pour l'ours, le loup, le lynx... L'avenir est très sombre pour les éléphants et nous ne savons pas encore qu'elles seront toutes les conséquences écologiques de cette forte régression voire de cette disparition. Les conséquences économiques ne se feront plus attendre, la disparition des éléphants entraînera inévitablement une baisse de la fréquentation des pays qui n'auront plus d'éléphants avec une diminution de l'entrée des devises.




Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
4 av. Hoche - 75008 Paris
Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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