Les chacals

Famille des Canidés

Sveltes, hauts sur pattes, dotés de grandes oreilles pointues, d'un museau étroit et d'une queue longue et touffue, les chacals ressemblent au chien domestique et font partie de la famille des Canidés. Depuis la découverte dans la gorge d'Olduvaï en Tanzanie de restes fossilisés de chacals à chabraque vieux d'un million sept cents mille ans côtoyant nos ancêtres Homo habilis, le chacal semble être le plus ancien membre des Canidés contemporains. Souvent objet de superstitions, le chacal est étroitement mêlé aux cultes des morts et des esprits. Chez les anciens Egyptiens, il était déifié sous le nom d'Anubis. C'est le dieu à tête de chacal qui accompagnait les morts auprès d'Osiris et de Maât afin qu'ils soient jugés pour leurs péchés. Ces croyances sont nées probablement du comportement charognard du chacal, de ses mœurs de nécrophage et de ses hurlements. Les chacals nettoient en effet les carcasses des animaux et achèvent les malades évitant ainsi la propagation d'épidémies. Pourtant, l'image de lâches éboueurs et d'excavateurs de cadavres dont ils sont étiquetés ne correspond à la réalité. Comme les hyènes, ils dépendent moins des charognes que les observations diurnes le laissent supposer.

En Afrique de l'Est, on compte trois espèces de chacal : le chacal à chabraque (Canis mesomelas), le chacal doré ou chacal commun (Canis aureus) et le chacal à flancs rayés (Canis adustus), mais chaque espèce occupe des milieux différents. Le chacal doré est une espèce asiatique qui habite le Proche et le Moyen Orient et atteint la Birmanie, il est également présent dans les Balkans et dans le sud de la Russie. En Afrique, il habite au nord d'une ligne passant par le nord du Sénégal et arrivant juste au sud de l'équateur. Comme le montre cette aire de répartition, c'est l'espèce de chacal la plus adaptée aux milieux arides. Le chacal à chabraque possède une distribution uniquement africaine séparée en deux ensembles (Afrique de l'Est et australe) par le miombo. En Afrique de l'Est, il occupe un habitat intermédiaire entre celui du chacal doré et celui du chacal à flancs rayés. Le chacal à flancs rayés fréquente les zones boisées plus humides des savanes du Nord et du Sud. Sa répartition chevauche celle des deux autres espèces, il est donc absent d'Afrique australe et de la corne de l'Afrique, mais atteint à l'ouest le Sénégal.

La chabraque était une couverture de cheval disposée sous la selle et utilisée par les régiments de hussards et c'est un « manteau noirâtre » moucheté de blanc qui semble recouvrir le chacal à chabraque de la nuque à la racine de la queue. Ce dessin tranche nettement avec les flancs roussâtres. Le chacal à chabraque mesure environ 45 à 50 cm au garrot pour un poids compris entre 6 et 10 kg. C'est le chacal que vous apercevrez le plus facilement, car c'est le plus diurne des trois. Il affectionne particulièrement les bois broussailleux secs. On le rencontre dans les milieux riches en couvert végétal; il évite les milieux trop ouverts comme les savanes herbacées dans lesquelles il ne pourrait se dissimuler.

Le chacal doré est le plus trapu des trois; il mesure entre 45 et 50 cm au garrot pour un poids variant entre 8 et 15 kg. Il est aisément identifiable grâce à son pelage jaunâtre à or pâle recouvert parfois d'une chabraque limitée par une rayure claire sur les épaules. Il occupe des paysages dégagés avec des couverts sous forme d'arbres, de broussailles, de bosquets, de hautes herbes ou de crevasses. Il suit l'homme et fait des incursions dans les jardins et les poulaillers.

Le chacal à flancs rayés mesure 45 à 50 cm au garrot pour un poids moyen d'environ 9 kg. Gris brun à brun noir, il possède sur les flancs une bande noire plus ou moins visible liserée de blanchâtre au-dessus et des marques blanches distinctes du genou à la hanche. La queue est blanche à son extrémité. Le chacal à flancs rayés habite les steppes et les savanes ouvertes parsemées de buissons, de bosquets.

Dans les plaines du Serengeti et de Masaï Mara à Acacia et Com¬miphora, c'est le chacal à chabraque qui est prédominant alors que c'est le chacal doré que vous observerez dans les zones où les herbes sont courtes. Dans le cratère du Ngorongoro, en Tanzanie ce sont les trois espèces qui sont présentes. Mais leur préférence pour les terrains dégagés ou broussailleux, et la hauteur des herbes dans lesquelles ils évoluent expliquent leur séparation au sein du cratère.

Les chacals sont dotés de longues canines acérées et de carnassières bien développées utilisées pour découper des peaux épaisses. Dans le Ngorongoro, les chacals à chabraque se regroupent parfois à plus d'une dizaine autour d'une proie tuée par des lions ou des hyènes alors que le chacal doré, bien que plus abondant dans le cratère, se montre plus discret. Les repas des lions offrent donc une occasion de rencontrer des chacals au cours d'un safari. Le lion qui ne supporte pas de rival, et expulse les vautours et le chacal doré, se montre tolérant vis-à-vis des chacals à chabraque qui viennent lui dérober avec célérité des morceaux de viande.

S'ils se nourrissent de proies abandonnées par les lions ou d'autres grands Carnivores, les chacals sont loin d'être des charognards exclusifs. Dans l'écosystème Serengeti Ngorongoro, ce sont aussi des prédateurs pour de nombreux animaux : jeunes gazelles de Thomson, diks-diks, jeunes phacochères, oiseaux (volailles) et mammifères domestiques (jeunes ovins, caprins ou bovins). Ils mangent aussi des reptiles (lézards, serpents, tortues...), des insectes et leurs larves, des œufs, des fruits... Le chacal est en fait un omnivore opportuniste. Les chacals consomment, à l'occasion, des champignons qui parfois leur posent quelques petits problèmes. La connaissance des champignons comestibles semble être le fruit d'un apprentissage. En effet, un jeune chacal qui ne regardait pas quels champignons mangeaient ses parents en a consommé un mauvais (hallucino¬gène), le jeune a commencé à développer un comportement anormal qui l'a amené à s'attaquer à de grosses proies! Une étude réalisée au Zimbabwe sur les contenus de l'estomac de 71 chacals à chabraque a révélé que les fruits entraient pour environ 38 % dans leur alimentation, les petits mammifères, essentiellement des rongeurs, pour 32 %, des lièvres mais aussi des proies plus imposantes comme des gazelles et des insectes pour 30 %.

La chasse en commun est plus fréquente chez les chacals dorés et à chabraque que chez le chacal à flancs rayés. Ils chassent deux par deux et s'attaquent à des animaux beaucoup plus gros qu'eux, comme les phacochères, les gnous ou les antilopes dont ils s'emparent des petits. Lorsqu'ils s'attaquent à une mère et ses jeunes, les chacals utilisent toujours la même tactique. Ils encerclent la mère qui, dans un premier temps, tente de maintenir son ou ses petits à côté d'elle ou entre ses pattes, puis ils lancent l'attaque l'un devant, l'autre derrière. La mère paniquée est incapable de défendre ses arrières et se retourne constamment pour tenter de faire face à ses deux agresseurs. Profitant de leur extrême vivacité et de leur faible gabarit, l'un des -chacals emporte le petit lorsque l'autre capture la mère. De cette façon, un couple de chacal emporte par exemple toute la portée d'un phacochère. La truie, désemparée, se lance dans des charges inutiles et désespérées qui sont mises à profit par les chacals. Les chacals adultes S'attaquent à une hyène pesant cinq fois leur poids, si elle présente un danger pour des petits venant de naître. Ils l'encerclent et la mordent avant qu'elle ne se retourne et ne défende ses arrières.

Comme les diks-diks, les chacals vivent en général en couple monogame formé pour la vie et résidant sur un même territoire. Les parents sont accompagnés de leur progéniture de l'année et parfois de celle de l'année précédente. Quelques jeunes de plus d'un an restent souvent comme «assistants» avec leurs parents et les aident à élever la prochaine portée. Ils apportent de la nourriture à leur mère qui allaite. Il y a donc plus de nourriture régurgitée et les tétées sont plus fréquentes dans les familles ayant des assistants. La capture des proies est aussi rendue plus efficace puisque les parents chassent à nouveau par couple et les assistants leur viennent en aide. De même, une grande famille est plus apte à défendre une carcasse face aux vautours ou à une hyène isolée. Les liens familiaux sont très solides. Ils sont renforcés par de fréquentes salutations et des séances de léchage si insistantes qu'elles semblent dépasser le stade de l'hygiène.

Pour mettre bas, les chacals femelles utilisent volontiers un terrier abandonné comme celui d'un oryctérope, mais peuvent se contenter d'une simple excavation ou d'une d'anfractuosité de rocher. Après une gestation d'environ 2 mois, la femelle met au monde 3 à 8 petits selon les espèces. Les jeunes naissent très faibles et restent dans la tanière pendant trois semaines durant lesquelles la mère se serre contre eux la plus grande partie de son temps, peut-être pour les réchauffer. Elle les nourrit complètement jusqu'à l'âge de 8 semaines environ, mais ils sont alimentés occasionnellement jusqu'à ce qu'ils quittent leurs parents vers 1 an, ou 2 ans s'ils restent comme assistants. Les petits passent une bonne partie de leur temps à jouer, ce qui a probablement pour effet, comme chez d'autres espèces de renforcer les liens familiaux et les entraîner à la chasse. Les chacals occupent des territoires de 0,5 à 2,5 kilomètres carrés qu'ils marquent et défendent. Chaque espèce communique à l'aide de cris caractéristiques des nuits africaines (hurlements, jappements, grognements et glapissements). Dans le parc du Serengeti, les chacals dorés se repèrent en hurlant alors que les chacals à chabraque utilisent des glapissements.

 



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
4 av. Hoche - 75008 Paris
Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



Revenir a la liste d'animaux
Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR