Les girafes

Famille des Giraffidés

Les Giraffidés comprennent deux genres, l'okapi Okapia et la girafe Giraffa. L'okapi habitant des forêts pluviales est absent du Kenya et de la Tanzanie. Ce der¬nier, très menacé, ne subsiste plus qu'au Zaïre. On l'observe facilement à la station de capture d'Epulu dans la forêt zaïroise de L'Itouri. Les Giraffidés marchent à l'amble, se nourrissent de feuilles. Ils présentent un long cou, démesuré chez les girafes, mais ne possédant que sept vertèbres comme tous les Mammifères. La girafe habite les savanes de l'Afrique subsaharienne, mais a été très fortement chassée en Afrique occidentale où elle est maintenant assez rare. Elle a été aussi éliminée de la plus grande partie de l'Afrique australe.

La girafe est la « reine » de la savane. Sa grande taille, son cou élancé et sa démarche chaloupée empreinte de nonchalance lui confèrent une grande majesté. Comme le chameau, elle va à l'amble, c'est-à-dire qu'elle déplace en même temps les deux pattes du même côté. Cette démarche donne l'impression qu'elle avance au ralenti. La girafe est pourtant un animal rapide qui dépasse 55 km/h sur de courtes distances, soit la même vitesse qu'un lion.

La girafe possède une morphologie et une physiologie particulières. Elle mesure en moyenne 4 mètres, mais les mâles atteignent 5,80 m de hauteur pour un poids d'environ 1,2 tonne et les femelles pèsent 700 kg. Ses pattes antérieures sont plus longues que ses postérieures ce qui dessine une pente partant du cou et se terminant au niveau de la base de la queue. Son cou immense lui permet de consommer les feuilles élevées, hors d'atteinte des autres Ongulés. Lorsque ce cou est dressé, le cerveau est situé entre 2 et 3 mètres au-dessus du cœur qui doit l'irriguer en permanence. Au contraire, quand elle se penche, le cerveau fait face à un afflux sanguin important. Le système, circulatoire doit donc être capable de supporter ces deux contraintes. Le cœur de la girafe pèse plus de 10 kg, il possède des parois de 8 cm d'épaisseur et déplace plus de 60 litres de sang par minute, la pression artérielle à la sortie du cœur est de 26 cm de mercure (le double de la pression humaine). Dans le cou, la girafe possède, d'une part des artères très élastiques, munies de parois épaisses capables d'encaisser la forte pression sanguine (10 cm de mercure au niveau cérébral) et d'autre part un système de valves puissantes dans les veines jugulaires interrompant l'afflux sanguin au cerveau en constituant un véritable stockage quand elle se penche en avant. Ce système sanguin cérébral « conçu » pour que le cerveau soit toujours irrigué avec une pression et un débit constant s'appelle le réseau admirable.

Dès sa naissance, la girafe possède, sous la peau du crâne de petites excroissances cartilagineuses qui deviennent osseuses et donnent naissance aux cornes, plus proéminentes chez le mâle. Chez la girafe Baringo mâle, le crâne pèse 15 à 17 kg, trois fois et demie plus lourd que celui d'une femelle qui a beaucoup moins d'excroissances osseuses.

On distingue au Kenya et en Tanzanie 3 sous-espèces de girafes parmi les 8 décrites : la girafe réticulée (Giraffa camelopardalis reti¬culata), parfois considérée comme une espèce à part entière, la girafe de Rothschild ou girafe Baringo (Giraffa camelopardalis rothschildi) et la girafe Masai (Giraffa camelopardalis tippelskir¬chi).

La girafe réticulée occupe le nord du Kenya, notamment les parcs de Meru et surtout de Samburu et de Buffalo Springs où elle abonde. Sa robe châtain est colorée de larges taches bien délimitées rear de fines lignes blanches. Dans les bosquets d'acacias, avec le contraste d'ombre et de lumière, la girafe réticulée est pratiquement invisible grâce à ce réseau de lignes blanches qui décompose sa silhouette. Les taches, comme celles des lycaons, diffèrent chez chaque individu et sont comparables aux empreintes digitales. Même si la girafe fonce au cours de sa vie, la forme des taches reste constante de sa naissance à sa mort et permet de l'identifier. Les mâles et les femelles âgées possèdent 5 cornes (2 cornes frontales, une seconde paire plus petite sur le dessus du crâne, plus une petite corne, une « bosse » en avant des deux autres paires).

La girafe Baringo ou girafe de Rothschild occupe l'ouest du Kenya. Elle ressemble à la girafe réticulée et possède, comme elle, de larges taches châtaigne délimitées par une ligne blanche, mais elles sont plus grandes et sont inexistantes au-dessous des chevilles et des poignets. Ces girafes ont souvent 5 cornes, même chez les femelles.
La girafe Masai, qui habite le sud du Kenya et la Tanzanie, possède un pelage parsemé de taches qui vont de l'orange pâle, au marron et au presque noir, souvent étoilées et disposées irrégulièrement. Certaines girafes sont albinos ou mélaniques. La girafe Masai ne possède que 3 cornes.

La girafe est dotée d'une vue excellente. Sa tête, portée par un long cou, est d'ailleurs une tour d'observation fort commode qui décèle de loin un ennemi éventuel. Elle scrute inlassablement l'horizon. Lorsqu'elles sont en petit groupe, elles se disposent de telle façon qu'il n'y ait aucun angle mort. Chacune d'elle inspectant un endroit différent. D'ailleurs, fort peu de prédateurs s'attaquent à une girafe adulte. Ses sabots en soucoupe et l'allonge dont elle dispose, avec ses immenses pattes, suffisent pour tuer un lion. C'est seulement lorsqu'elle écarte les jambes et baisse son cou pour boire qu'elle devient vulnérable. Le lion profite de cette position pour lui sauter au cou et tente de maintenir au sol avant de lui trancher la jugulaire ou de lui bloquer la respiration.

L'odorat est beaucoup moins développé que la vision. Néanmoins, il est suffisamment subtil pour que les girafes décèlent des informations apportées par la bise. Les girafes paraissent silencieuses. Les populations locales affirment qu'elles sont muettes. Leur organe phonique est en fait normalement constitués. Des observations réalisées dans des zoos prouvent qu'elles disposent d'un répertoire de vocalisation, mais leur communication, qui semble s'effectuer au moyen d'ultrasons, est inaudible pour l'homme.

Les girafes vivent dans les bois clairs et les savanes arborées (Acacia, Combretum), contrairement à leur cousin l'okapi typiquement sylvicole. Elles se nourrissent principalement lors de deux pics d'activité situés durant les trois premières et les trois dernières heures du jour. Les heures chaudes sont passées à l'ombre des arbres à ruminer. La nuit, les girafes ruminent aussi et se couchent pour des périodes de sommeil n'excédant pas 5 minutes.

Phyllophages, les girafes se nourrissent essentiellement de feuilles tendres, de pousses, de bourgeons, de fleurs, d'écorces, de fruits d'arbres même si elles mangent parfois de l'herbe. Elles sont essentiellement inféodées aux acacias, aux myrrhes et aux myrobolans, mais une étude réalisée dans le parc de Tsavo a montré qu'elles consommaient 66 espèces végétales différentes. De plus, de nombreux arguments suggèrent que la girafe pollinise une espèce d'acacia d'Afrique australe (Acacia nigrescens). Ce régime est riche en matière nutritive et ne baisse pas en qualité pendant la saison sèche, comme c'est le cas pour l'herbe. Les Ongulés phyllophages sont divisés en trois groupes selon la hauteur à laquelle ils se nourrissent. Le rhinocéros noir, par exemple, mange les feuilles des arbustes entre 50 cm et 2 mètres. La gazelle girafe (gérénouk) occupe une deuxième strate comprise entre 1 et 3 mètres. La girafe, quant à elle, utilise la strate la plus haute de 2 à 6 mètres et la plus productive, c'est-à-dire celle où les branchages sont les plus riches en jeunes feuilles.

Bien que les acacias soient protégés par des rangées de longues épines, la girafe a résolu ce problème. Sa langue préhensile, longue de 45 cm, peu vascularisée et recouverte d'une couche dure de kératine, glisse entre les épines et détache délicatement les feuilles une par une. Ses lèvres garnies de longs poils protègent ses muqueuses des épines et lui livrent des informations sur la qualité du feuillage (formule dentaire, I : 0/3, C : 0/1, PM : 3/3, M : 3/3). Le palais est puissamment rainuré, ce qui permet à la girafe, avec les copieuses doses de salive visqueuse, de comprimer et d'avaler la nourriture épineuse sans se blesser. Certains acacias, comme l'acacia siffleur (Acacia drepanolobium), possèdent des pseudogalles (des excroissances creuses) à la base des piquants abritant des centaines de fourmis (Crematogaster) qui attaquent sans pitié quiconque les touche. Les fourmis protègent l'acacia. Dès qu'une girafe broute les feuilles, les fourmis se précipitent sur le museau de la girafe qui n'a le temps de prélever que quelques feuilles avant d'être sérieusement incommodée; elle passe alors au suivant et ainsi de suite. Certains naturalistes prétendent au contraire que les girafes sont peu gênées par ces fourmis. Nous avons constaté que les girafes restent quand même moins de temps sur les acacias siffleurs que sur d'autres acacias. L'association avec les fourmis éviterait à l'acacia d'être complètement détruit. Les acacias ont aussi un autre moyen de défense : ils communiquent entre eux comme cela a été démontré sur les acacias de la région du Transvaal en Afrique du Sud. En cas d'agression par un phyllophage, la victime prévient à distance les autres acacias avoisinants. Ainsi, les feuilles de l'acacia consommées libèrent dans l'air des substances chimiques volatiles (éthylène) qui véhiculent des informations à distance. Leur rôle est comparable à celui des phéromones des animaux. Moins de quinze minutes après la première attaque du phyllophage, tous les acacias situés dans un rayon de cinquante mètres mettent en place leurs défenses. Leurs feuilles deviennent toxiques, car elles ont triplé la concentration de tanin qu'elles renferment. Les girafes sont ainsi obligées de se déplacer fréquemment. La girafe mange environ 40 kg de végétaux chaque jour. Le mâle s'alimente le cou et la tête en extension et atteint la cime des arbres alors que la femelle, replie plutôt son cou vers le bas pour manger le feuillage des arbustes ou les feuilles situées à la base du tronc. Le naturaliste peut ainsi identifier le sexe de l'animal de très loin, sans avoir besoin de voir le nombre de cornes et la massivité de la tête.

Du fait de leur grande taille, les girafes, possèdent une large surface cutanée sur laquelle les pique-bœufs trouvent une grande quantité de parasites. Ces oiseaux intrépides boivent parfois le lait qui s'écoule de la mamelle quand le girafon tète. Ils boivent également la salive de la girafe directement dans sa bouche ce qui les force parfois à s'immiscer entre ses lèvres.

Les girafes forment des hardes informelles errant dans un vaste domaine vital. Les mâles ne sont pas territoriaux et cohabitent ensemble dans des domaines qui se chevauchent. Néanmoins, une hiérarchie stricte gère les rapports entre les individus et le statut des mâles dominants est lié à un espace délimité. La vie des mâles est une succession de querelles entre les individus. Ces luttes ont pour objet l'accession au rang de leader puisqu'on ne peut parler de mâles territoriaux. Lors des rencontres entre mâles, le statut de chacun est confirmé par des postures d'intimidation comme le redressement du cou. Les jeunes et les mâles subadultes fixent leur place dans la hiérarchie de la har¬de au cours de combats ritualisés. Ils entrelacent leurs cous puis se poussent à coups de tête parfois violents. Ces combats, plus gracieux que spectaculaires, ne sont pas dangereux, la structure de la boîte crânienne, formée par des masses osseuses spongieuses, amortit la force des coups et protège le cerveau. Les coups sont néanmoins très percutants et l'impact peut exceptionnellement entraîner une fracture du cou. Les mâles n'utilisent pas leurs sabots dans ces combats.

Quand un mâle est en rut, il s'approche des groupes de femelles à la recherche d'une en œstrus qu'il suit. La première manifestation de la réceptivité de la femelle est l'émission d'un jet d'urine que goûte le mâle qui vérifie ainsi que la femelle est en période d'ovulation. Si l'urine possède les caractéristiques requises, c'est-à-dire une teneur élevée en œstrogènes, le mâle retrousse ses lèvres et monte la femelle. Le couple se sépare du reste de la harde et s'accouple régulièrement pendant un ou deux jours, puis les deux partenaires retournent dans le groupe.

La femelle donne naissance à un petit après une gestation de 14 à 16 mois. Quand la femelle est prête à mettre bas, elle se dirige seule vers un lieu isolé qu'elle utilise d'une année à l'autre. La mère ne s'allonge pas et le girafon tombe d'une hauteur de près de 2 m. Cela peut surprendre quand on sait que les girafons se tuent parfois en tombant. Mais en restant debout, la mère conserve sa vigilance ce qui lui évite d'être surprise par un prédateur alors qu'elle est sans défense. A leur naissance, les girafons atteignent presque deux mètres pour un poids d'environ 60 kg; ils grandissent de 3 cm par jour. Le girafon mange des feuilles vers 2 mois; il est totalement sevré entre 6 et 10 mois. La femelle est de nouveau réceptive trois mois après la mise bas. Les girafes défendent âprement leurs petits en distribuant de violents coups de sabots souvent mortels pour l'agresseur. De ce fait, les lions, les hyènes, et les lycaons s'attaquent peu aux girafes, sauf si par hasard ils rencontrent un ou plusieurs girafons restés seuls aux heures chaudes, pendant que les mères visitent des zones d'alimentation. La mortalité est néanmoins importante chez les girafons, deux sur trois ne dépassent pas l'âge d'un an et en plus des attaques des prédateurs meurent de maladie comme le charbon. Les girafes atteignent l'âge de 25 ans mais c'est rare qu’elles vivent aussi longtemps dans la nature.

La girafe n'est pas menacée en Afrique de l'Est bien qu'elle soit braconnée pour sa chair et pour sa queue dont on fait des trophées, des porte-bonheur et des bracelets en poils pour les touristes. Néanmoins, on la rencontre de moins en moins en dehors des parcs et réserves. Confinées dans les zones protégées du fait de l'augmentation de la pression démographique, les girafes « s'agglutinent » sur des surfaces de plus en plus restreintes où le broutement intense modifie la physionomie du parc et même aboutit à des « saccages ». Le même problème se pose aussi avec les éléphants. Ce ne sont pas les animaux qu'il faut incriminer, mais bien évidemment les surfaces exiguës et cernées par les activités humaines au sein desquelles ils évoluent.



Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
4 av. Hoche - 75008 Paris
Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
Site: www.guidesmarcus.com



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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR