Les oryx

Les oryx sont de superbes antilopes de teintes claires dont la robe va du beige pâle ou gris-brunâtre au gris-blanc. Le genre comprend suivant les auteurs une espèce, l'oryx beisa avec de nombreuses sous-espèces ou trois espèces différentes, l'oryx beisa, l'oryx dammah et l'oryx algazelle. Quoi qu'il en soit, seul l'oryx beisa se trouve en Afrique de l'Est. Cette espèce, qui habite les zones sèches, est divisée en plusieurs sous-espèces dont deux se rencontrent au Kenya et en Tanzanie : l'oryx beisa (Oryx gazella beisa) et l'oryx à pinceaux (Oryx gazella callotis). Une autre sous-espèce le gemsbok (Oryx gazella gazella) habite les milieux arides d'Afrique du Sud-ouest. L'oryx beisa possède une robe grise et terne et ses oreilles ne sont pas garnies de touffes de poils. En revanche, l'oryx à pinceaux possède une touffe de poils noirs sur les oreilles et sa robe est roussâtre. Les deux sous-espèces se répartissent de part et d'autre de la rivière Tana. L'oryx beisa occupe les régions septentrionales et l'oryx à pinceaux les zones situées entre la rivière Tana et le nord de la Tanzanie. Leurs magnifiques cornes annelées, quasiment rectilignes, dépassent 1,20 m. La tête, le cou, la croupe, la poitrine et les pattes possèdent des marques foncées très nettes qui tranchent avec le pelage clair. L'oryx mesure environ 1,20 m au garrot pour un poids moyen de 200 kg.

Occupant les zones semi-arides, les plaines sèches et les semi-déserts d'Afrique et du Proche et du Moyen Orient, les oryx comme la gazelle girafe sont parfaitement adaptés à ces milieux inhospitaliers. Sans certaines caractéristiques morphologiques, physiologiques et éthologiques, ces espèces ne pourraient se maintenir dans des milieux où la température est très élevée et l'eau rare. La couleur pâle de la robe renvoie la chaleur au lieu de l'absorber comme celle des animaux au pelage foncé. Les oryx sont efflanqués, ce qui minimise la surface exposée aux radiations solaires lorsque l'oryx suit la course du soleil quand il ne trouve pas d'ombre. Cette morphologie associée à ce comportement d'orientation du corps permettrait de réduire d'environ 50 % les radiations infrarouges reçues.

L'oryx se nourrit de plantes herbacées mais aussi de feuilles, de bourgeons d'arbustes, de racines, de bulbes, de tubercules de fruits, comme le « melon du désert », il ingère ainsi les parties les plus nutritives et les plus juteuses des plantes. Ce régime alimentaire lui permet de se passer d'eau, car ses besoins en eau sont couverts par ce qu'il mange.

Durant la saison sèche, l'oryx adopte un schéma de prise de nourriture crépusculaire. En effet, il se nourrit principalement à l'aube, au crépuscule et parfois durant la nuit notamment lors de la pleine lune. Les feuilles des arbustes ne contiennent que 1 % d'eau durant la journée, mais en absorbant l'humidité de l'air durant la nuit elles stockent entre 30 et 40 % d'eau. Aux premières lueurs de l'aube, les animaux bénéficient des fines gouttelettes d'eau de la rosée matinale. Ces adaptations optimisent la prise d'eau et d'autres économisent les pertes d'eau corporelle. L'urine de l'oryx est plus concentrées que celle des Ongulés des régions moins sèches, leurs fèces sont déshydratées et ne contiennent plus que 40 à 50 % d'eau contre 80 % en moyenne pour les Mammifères des régions tempérées.

Cependant l'adaptation la plus fantastique de l'oryx, qu'il partage avec certaines gazelles, l'éland et le dik-dik consiste dans sa régulation thermique. Lorsque la température ambiante est comprise à l'ombre entre 40 et 50 °C, sa température corporelle monte jusqu'à 45 °C alors qu'une température de 42 °C est généralement mortelle pour la plupart des Mammifères. Chez ces animaux, la plus grande partie du sang irriguant le cerveau passe par les carotides externes. Celles-ci se divisent à la base du crâne en une centaine d'artérioles qui se rejoignent juste avant d'arriver au cerveau, mais auparavant elles passent au travers d'un large sinus veineux dont le sang a été refroidi au niveau des narines par l'air les traversant. Durant ces grosses chaleurs, le rythme respiratoire peut passer de 30 à 300 inspirations par minute ce qui augmente l'évaporation de l'eau au niveau de la muqueuse nasale et améliore le refroidissement. Mais pour que ce système de refroidissement fonctionne, ces antilopes doivent obtenir de l'eau en quantité suffisante. La température du cerveau, quant à elle, reste cependant toujours inférieure de 3 à 6 °C à la température corporelle maximale.

L'environnement aride dans lequel l'oryx évolue est certainement aussi à l'origine de son organisation sociale. Le clan hiérarchisé compte en général moins de vingt individus : un mâle dominant qui cohabite avec quelques mâles adultes, quelques subadultes (ce qui est plutôt rare chez les antilopes), des femelles et leurs jeunes. La harde est fermée aux étrangers et les cornes repoussent les importuns loin des rares ressources. Néanmoins, des regroupements temporaires de plusieurs dizaines, voire centaines d'oryx coexistent lorsqu'un orage a fait verdir la végétation comme c'est souvent le cas dans le parc de Samburu, pendant et quelque temps après la saison des pluies. Un regroupement de ce type atteignant 131 individus a été observé dans le parc national de Tsavo. Les groupes informels varient suivant la qualité des pâturages, l'eau disponible ou le nombre de petits. Cette structure du troupeau se retrouve aussi chez le zèbre de Grévy où elle limite les trop grandes concentrations d'animaux sur une petite surface. Ainsi, la surexploitation du milieu et les risques de famine associés se trouvent diminués.

La femelle donne naissance à un petit après une gestation comprise entre 8 mois et demi et 10 mois. Elle est de nouveau en œstrus rapidement après la mise bas. La mère cache son petit et le visite pour la tétée. Il est allaité pendant 4 mois, et plus occasionnellement entre 6 et 9 mois. Il devient sexuellement mature entre un an et demi et deux ans et quitte en général le groupe maternel pour s'associer à un autre.

Malgré ses cornes qui constituent des armes efficaces, les principaux prédateurs de l'oryx sont les lions, es léopards, les lycaons, les hyènes et pour les petits, les servals, les caracals, les chacals, les hyènes et les guépards. Son principal ennemi est désormais l'homme qui le chasse pour sa viande et utilise, dans les régions arides, ses pâturages pour son bétail. Même si la situation varie beaucoup d'une région à l'autre, les oryx sont aujourd'hui très menacés. L'oryx blanc d'Arabie (Oryx leucoryx) a été complètement exterminé dans la nature en 1972, mais il restait alors quelques animaux dans des zoos et des collections privées. Grâce à l'opération « Oryx » organisée dès 1962 (époque à laquelle l'oryx d'Arabie était déjà fort menacé) et à la Société de Sauvegarde de la Faune et de la Flore (FFI), des oryx ont été réimplantés dans le sultanat d'Oman, avec l'espoir qu'ils puissent reconstituer une population viable. Une preuve, pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris que les « nouveaux zoos » contribuent à la protection de la nature. Les parcs zoologiques ont toujours eu un caractère instructif et récréatif sur lequel on pouvait être réservé à cause de la méthode qui consiste à « emprisonner des bêtes sauvages ». Aujourd'hui, la polémique doit être étouffée à cause de leurs nouveaux rôles. Outre leurs activités de recherche scientifique, de nombreux zoos mènent le combat, toujours plus difficile, pour la sauvegarde des espèces en voie de disparition. Grâce notamment aux « échanges inter-zoos », les naissances d'animaux menacés dans leur habitat naturel montrent le rôle important que jouent les parcs zoologiques dans la conservation d'espèces rares. A plus long terme, la réintroduction de certaines espèces dans la nature est envisageable.

Au Kenya, la situation est beaucoup moins alarmante puisque l'oryx est même élevé dans des ranches pour sa viande. Néanmoins, dans le nord du Kenya, les oryx se raréfient, car les peuples de pasteurs-éleveurs comme les Samburu utilisent les pâturages traditionnels de l'oryx pour leur bétail.




Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
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Aquarelles de Jean-Paul MAYER, mail : Transafrica.