Les pangolins

Famille des Manidés

Bas sur pattes, doté d'une petite tête, d'un museau pointu, d'oreilles et d'yeux minuscules, le pangolin est un curieux Mammifère revêtu d'écailles comme les Reptiles. Contrairement à ces derniers, ses écailles cornées sont formées de poils agglutinés naissant sur des papilles dermiques. Disposées en feuilles d'artichaut et harmonieusement emboîtées les unes dans les autres, elles constituent une véritable armure qui protège tout le corps, à l'exception de la face ventrale et de la face interne des membres. Ces écailles tombent et sont remplacées périodiquement (mue). Lorsque le corps est étroitement enroulé en boule, elles forment un rempart contre les grands prédateurs (lion, léopard, hyène tachetée). A cause de ce blindage, il est souvent confondu avec le tatou américain. Ces deux types de Mammifères sont tous les deux caparaçonnés, insectivores et fouisseurs. La queue, longue, forte et préhensile chez les espèces arboricoles, les 46 ou 47 voire 49 vertèbres caudales, constitue un record chez les Mammifères.

Comme l'oryctérope, les pangolins se nourrissent essentiellement de fourmis et de termites dont ils éventrent les constructions grâce à leurs puissantes griffes. Les trois griffes médianes sont longues (environ 7 cm) et incurvées. Sa langue, protractile, qui peut atteindre40 cm chez le pangolin géant, joue un rôle important dans la quête de la nourriture. Elle compense efficacement l'absence de dents pour la capture et l'ingestion des proies. Au repos, la langue est rangée dans une sorte de fourreau qui s'étend jusqu'à sonpoint d'attache sur le bassin. Lorsque le pangolin la fait jaillir très en avant de la bouche, elle peut s'introduire dans les entrailles d'une termitière et y emprisonner les occupants qui s'engluent dans sa salive poisseuse sécrétée par d'énormes glandes salivaires de 350 à 400 centimètres cubes. Si le pangolin n'a pas de dents, ni de muscles masticateurs, il possède en revanche ces fameuses glandes salivaires extrêmement développées qui se prolongent jusque dans la poitrine et un estomac musculeux, tapissé de denticules cornés qui écrasent, comme le gésier des Oiseaux, les aliments. De plus, la digestion mécanique de ra nourriture dans l'estomac est facilitée par le sable que le pangolin avale en s'attaquant aux termitières. Dépourvu de pavillons auriculaires, il a cependant une ouïe excellente et son odorat est très développé. Il clôt hermétiquement ses conduits auditifs et ses narines grâce à des muscles spéciaux ce qui est indispensable pour un animal qui passe son temps à fouiller dans les termitières et les fourmilières. Lorsque des fourmis ou des termites arrivent à se glisser sous ses écailles, le pangolin les redresse et se secoue comme un chien mouillé pour les chasser.

Lorsqu'il est attaqué, le pangolin s'enroule sur lui-même. Il ne forme plus qu'une boule ne laissant à découvert que ses écailles. Dressées soudainement au moyen de muscles puissants, les écailles du pangolin infligent de sévères blessures à celui qui tente de se glisser entre elles. Si l'attaque perdure, le pangolin se défend vigoureusement à l'aide de ses terribles griffes et de sa queue. Il émet aussi des sécrétions malodorantes par ses glandes anales. Il a par conséquent peu de prédateurs si ce n'est occasionnellement un léopard, un lion ou une hyène affamés. Même pour ces prédateurs, la tâche n'est pas aisée face à cet adversaire blindé et plein d'ardeur. Le seul vrai danger vient de l'homme qui le recherche pour ses écailles fréquemment utilisées en sorcellerie. Mêlées à certaines écorces d'arbres, elles auraient la vertu d'éloigner les fantômes et les mauvais esprits. Placées près de la porte de la chambre d'un homme, on dit qu'elles permettent à une femme d'avoir un ascendant sur lui. Elles sont aussi quelquefois brûlées. La fumée ainsi dégagée éloignerait les animaux sauvages et en particulier les lions. Les écailles permettraient aussi d'apaiser les rhumatismes et les douleurs. Les pangolins sont même parfois sacrifiés lors de cérémonies destinées à faire tomber la pluie, quand ils ne sont pas tout simplement chassés pour leur viande. Les populations locales font grand cas de la chair du pangolin qui, selon les Pygmées, est plus délicate que celle du singe ou des petites antilopes. Les recettes abondent quant à sa préparation culinaire, mais le plus souvent il est rôti dans sa carapace d'écailles.

Sur les sept espèces de pangolins, quatre habitent en Afrique dont trois occupent l'Afrique de l'Est : le pangolin géant (Manis gigantea), le pangolin à écailles tricuspides (Manis tricuspis) et le pangolin terrestre du Cap (Manis temmincki). Le plus commun des pangolins en Afrique de l'Est est le pangolin terrestre du Cap. Il habite l'Afrique orientale et l'Afrique australe à l'exception de l'extrême sud. Préférant les brousses sèches ayant un sol relativement meuble, le pangolin terrestre du Cap ne se rencontre pas en forêt humide. Les sols trop durs rendent ardu l'aménagement du terrier. Le pangolin terrestre du Cap mesure 60 cm à un mètre de longueur pour un poids de 7 à 18 kg.

Certains éléments de la biologie des pangolins sont encore inconnus, car ce sont des animaux nocturnes et solitaires. Leur organisation sociale est dominée par l'odorat. Le pangolin signale sa présence par des dépôts épars de fèces le long des pistes de son territoire ainsi que par le marquage des arbres avec ses sécrétions anales et son urine.

Solitaire, le mâle n'accompagne la femelle que lorsque celle-ci est réceptive et le jour chacun dort dans son propre terrier ! Lors de l'accouplement, le mâle glisse sous la femelle ou bien celle-ci se met sur le dos et les deux partenaires s'arriment en s'enroulant avec leur queue. La femelle donne naissance à un seul petit après une gestation dont la durée exacte n'est pas connue, mais qui semble être comprise entre quatre à cinq mois suivant les espèces. La gestation d'une femelle de pangolin du Cap qui a mis bas en captivité à été de 139 jours. Le petit mesure environ 15 cm de longueur et pèse entre 250 et 500 g. Les écailles sont molles à la naissance, mais durcissent dès le deuxième jour. Le jeune grimpe sur la queue de sa mère peu de temps après la naissance, il est ainsi transporté facilement. Le petit reçoit des aliments solides durant sa troisième semaine de vie, mais il n'est totalement sevré que vers trois mois. Il quitte sa mère vers 4 à 5 mois, mais reste à proximité et ne devient indépendant que vers 1 an et demi, à 2 ans il atteint sa maturité sexuelle. La longévité est, elle aussi, mal connue dans la nature. Une femelle adulte de pangolin du Cap radio-pistée depuis 1991 était encore vivante en 1995. En captivité, des pangolins à écailles tricuspides ont vécu 3 ans et un pangolin terrestre du Cap, 4 ans. Cette espèce semblerait avoir dans son milieu une longévité d'une dizaine d'années. Victimes de la destruction de leur habitat et de l'acharnement des hommes, les différentes espèces de pangolins sont sérieusement menacées. C'est le pangolin à écailles tricuspides, arboricole qui semble le plus menacé et ce à cause de la déforestation. Des études récentes semblent montrer que les pangolins seraient particulièrement sensibles aux pesticides. Tous les pangolins africains sont rangés sur la liste B (espèces en voie d'extinction) de la Convention Africaine sur la Nature et les Ressources Naturelles. Aucune mesure de protection réellement efficace n'a pourtant été prise au Gabon, Gambie, Malawi, Mauritanie, et Niger si ce n'est l'interdiction de la chasse. Le pangolin géant mesure de 75 cm à 1,50 m de longueur pour un poids de 30 à 35 kg. Il est reconnaissable à ses écailles très grandes et arrondies de couleur brun olive foncé sur le dessus et plus claires sur les flancs. C'est le plus grand et le plus fort excavateur des trois. Doté d'une force incroyable, il éventre sans difficulté une termitière. Quand il s'attaque à celle-ci, il se dresse sur ses pattes postérieures, rejette la terre sur le côté grâce à ses puissantes griffes antérieures et donne de violents coups de pieds dans les mottes de terre. Il engloutit jusqu'à 200 000 fourmis par nuit, ce qui équivaut à environ 700 g, qui prennent place dans son estomac d'une capacité de deux litres. Nocturne, il est actif à partir du milieu de la nuit jusqu'à l’aube ce qui le rend difficile à observer. Durant la journée, il se repose dans un terrier peu profond qu'il adapte à ses exigences, s'il l'a emprunté à un autre animal comme l'oryctérope. Espèce d'Afrique occidentale, on ne le rencontre que dans les régions où les pluies sont abondantes et les saisons sèches peu marquées : forêts denses, vallées humides des rivières, marécages... de l'ouest du Kenya et de la Tanzanie.


Le pangolin à écailles tricuspides est le plus petit des trois. Il mesure entre 30 et 40 cm pour un poids de deux à trois kilos. C'est une espèce d'Afrique occidentale et centrale qui habite communément les forêts pluviales, surtout secondaires, de l'ouest du Kenya et de la Tanzanie. Mais contrairement au pangolin géant et au pangolin terrestre du Cap, il est arboricole et occupe des territoires de 20 à 30 ha dans la strate arborée de la forêt. Ses pattes proportionnellement plus longues que celles des deux autres espèces sont dotées d'impressionnantes griffes lui permettant de grimper aux arbres. Il peut parfois creuser un terrier ou se chercher un abri dans une termitière habitée ou non, mais en général, il réside plutôt dans un arbre creux ou en hauteur dans des entrelacs de lianes. Sa queue, plus longue que son corps, élancé et préhensile, est un cinquième membre indispensable pour grimper et s'équilibrer lorsqu'il mange des fourmis ou des termites dans les arbres.

 

Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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