Les rhinocéros

Familles des Rhinocérotidés

Les rhinocéros (rhino = nez, kéras = corne) font partie d'une famille qui était très florissante à l'ère tertiaire, elle ne comprend plus aujourd'hui que 5 espèces, 3 en Asie et 2 sur le continent africain. Les rhinocéros ont un corps massif, épais, porté par des membres courts mais puissants terminés par trois doigts. La tête très volumineuse supporte une ou deux cornes. L'œil est petit, en position latérale. Les oreilles de taille moyenne sont assez grandes. La peau, quasiment glabre est plutôt dure, épaisse et résistante. Ces fantastiques herbivores ont une apparence antédiluvienne.

Les rhinocéros qui ont traversé les âges sont aujourd'hui des espèces très menacées en raison de la destruction de leur habitat et surtout de la pression du braconnage. En Afrique de l'Est, deux parcs sont désormais des « sanctuaires » des rhinocéros en raison de leur configuration topographique rendant leurs accès difficiles aux braconniers et facilitant la surveillance. Il s'agit du parc national de Nakuru au Kenya pour le rhinocéros blanc et du cratère du Ngorongoro en Tanzanie pour le rhinocéros noir.

Les rhinocéros sont en effet victime de leurs deux cornes. Leurs appendices, dont le plus long atteint de 50 cm à 1,50 m, voire 2 mètres, de forme suggestive, leurs coïts qui durent parfois une heure avec plusieurs éjaculations et leur phallus qui atteint un mètre ont fait d'eux un symbole de puissance sexuelle. La corne réduite en poudre atteint, au détail, près de 150000 francs le kilo pour un rhinocéros d'Afrique et jusqu'à 600000 francs pour le rhinocéros d'Asie. Cela ne rebute pas les acheteurs, principalement asiatiques et moyen-orientaux qui espèrent en achetant « une pincée de rêve » atteindre le « nirvana ». Pourtant la corne de rhinocéros n'a jamais eu de vertus aphrodisiaques et renferme en revanche, bien souvent, les spores d'un champignon responsable d'une maladie infectieuse qui provoque chez l'homme des abcès. Malheureusement, ces cornes sont aussi l'objet d'une autre convoitise. Au Yémen, elles servent à fabriquer des manches de poignards, les djambia, symbole social dans l'aristocratie yéménite. En 1997, le gouvernement yéménite a promis qu'il ferait des efforts afin de combattre le trafic illégal de cornes de rhinocéros pour la fabrication des manches de poignards. Les braconniers, attirés par des profits substantiels et parfois très bien équipés comme ceux d'Afrique australe : hélicoptères, Jeeps, jumelles à intensification de lumière, armes automatiques dernier cri, s'opposent à des rangers motivés mais sous-équipés et peu nombreux par rapport à la superficie des parcs à surveiller.

Il existe en Afrique deux espèces de rhinocéros, le rhinocéros noir (Diceros bicornis) et le rhinocéros blanc ou rhinocéros camus (Ceratotherium simum). Contrairement à ce que pourrait faire penser leur appellation respective, ce n'est pas leur couleur qui permet de les distinguer. Tous les deux sont gris! Si les rhinocéros présentent dans la nature d'importantes nuances de couleur, ce n'est pas leur peau qu'il faut incriminer, mais la boue dans laquelle ils se vautrent. L'adjectif « blanc » : white (en anglais) est dû à une déformation phonétique de la part des Britanniques du mot hollandais weit qui signifie large. En effet, lorsque les Boers (colons hollandais) ont débarqué en Afrique australe, ils ont remarqué que le rhinocéros de ces régions avait une lèvre supérieure et un museau large et carré apte à brouter l'herbe contrairement au rhinocéros septentrional à museau étroit et préhensile qui se nourrit de feuilles. C'est pourquoi, ils ont baptisé leur rhinocéros à nez large : Weitrenoster. Les Anglais ont compris white et le rhinocéros devint blanc!

Les rhinocéros blancs sont facilement identifiables. Ils possèdent une bosse bien nette sur la nuque, une corne antérieure en général très longue (94 à 102 cm pour la sous-espèce du Nord et 94 à 201 cm pour la sous-espèce du Sud) et sont plus imposants que les rhinocéros noirs. Ils mesurent entre 3,50 m et 3,80 m de long pour une hauteur au garrot d'environ 2 m et un poids moyen de 2,5 t à 3 t, certains individus approchent 4,5 t. Le rhinocéros noir, quant à lui, mesure entre 3 m et 3,6 m de longueur pour une hauteur au garrot comprise entre 1,40 m et 2,20 m et un poids variant entre 750 kg et 1,6 t seulement! Sa corne antérieure est beaucoup plus petite et mesure entre 50 et 130 cm. Pour tout simplifier, il y aurait en réalité deux sous-espèces de rhinocéros blanc. Au siècle dernier, on a cru que l'aire de répartition du rhinocéros blanc était limitée à la région qui s'étend du fleuve Orange au Zambèze, mais en 1900, un major britannique Gibbson a abattu un rhinocéros blanc à près de 2000 km plus au nord prouvant l'existence de deux populations distinctes. D'après certains zoologistes, les deux groupes, auraient fini par se distinguer par quelques caractères morphologiques qui permet- traient de Nérencier les rhinocéros du Nord-Est (Ceratotherium simum cottoni), des rhinocéros méridionaux (Ceratotherium simum simum), mais en fait il n'y a pas de différences anatomiques ou ostéologiques importantes.

La différence la plus marquée, en dehors des caractéristiques anatomique et morphologiques, entre le rhinocéros noir et le rhinocéros blanc réside dans leur régime alimentaire. Le rhinocéros noir est phyllophage. Il se nourrit principalement de feuilles, mais aussi de bourgeons, d'extrémités de rameaux d'arbustes et d'arbres dont les très épineux acacias grâce à l'épaisse couche cornée qui tapisse sa bouche. La girafe est dotée de la même caractéristique. Muni d'une lèvre supérieure pointue, proéminente et préhensile, le rhinocéros noir fait preuve d'une grande «dextérité» quand il attrape délicatement les feuilles d'un arbuste après avoir brisé certaines branches avec sa corne antérieure. Le rhinocéros noir se nourrit d'environ 200 espèces de plantes et mange des espèces végétales très toxiques pour l'homme. Le rhinocéros blanc est, lui, herbivore. Il broute l'herbe rase, sa lèvre supérieure n'étant pas mobile mais beaucoup plus large que celle de son cousin. Chez ces deux espèces, les incisives tombent précocement, ce sont les lèvres qui assurent la coupe et l'acheminement des végétaux dans la bouche (formule dentaire, I : 012, C : 1/1, PM : 3-4/3-4, M : 3/3).

Vous ne verrez malheureusement pas de rhinocéros blancs en Tanzanie. Ils ont tous été abattus par les braconniers. Au Kenya, les derniers ont été tués dans le parc de Meru en septembre 1988. Quelques individus provenant d'Afrique du Sud ont été réintroduits (décembre 1991, septembre 1994) et sont étroitement surveillés dans le parc de Nakuru. Dix autres, de la même origine, ont été offerts au peuple Masaï et sont observables sur la limite nord-ouest de la réserve de Masaï Mara où ils sont surveillés nuit et jour par les pasteurs.

L'aire de répartition naturelle du rhinocéros noir englobait toutes les savanes entourant la forêt équatoriale d'Afrique centrale. Actuellement, il ne reste plus que quelques populations isolées les unes des autres, pâle reflet de sa splendeur passée. Le rhinocéros noir devient difficile à apercevoir au Kenya si ce n'est au Parc national de Nairobi où l'exiguïté de la réserve augmente vos chances d'en admirer un et aux Aberdares. Dans le parc d'Amboseli, il y aurait actuellement 3 rhinocéros noirs mais qui resteraient le plus souvent à proximité du Kilimandjaro, ils ne sont donc pas visibles. A Masaï Mara, ils sont aussi très difficiles à voir car ils se déplacent sans contrainte sur la frontière kényo-tanzanienne et demeurent le plus souvent cachés dans les bosquets et les fourrés. Vous pouvez en revanche l'admirer à loisir, pas toujours dans de bonnes conditions, en Tanzanie, dans le cratère du Ngorongoro, devenu un véritable sanctuaire des rhinocéros noirs.

Le rhinocéros noir est un solitaire qui utilise tous les jours les mêmes chemins, selon un horaire précis. Ces pistes sont bien connues des rangers, mais aussi des braconniers. Les rhinocéros blancs vivent parfois en petit groupe composé de plusieurs mères et de leurs petits ou de groupes de jeunes.

Le rhinocéros noir occupe les régions sèches, couvertes de broussailles, mais aussi les savanes arbustives et arborées et même les forêts denses et les forêts de montagne (Aberdares) jusqu'à 3 500 m d'altitude. Les dimensions du domaine vital qu'il occupe dépendent de la richesse du milieu et de la saison. A Masaï Mara, les rhinocéros noirs se contentent de quelques hectares dans les broussailles à épineux alors qu'ils ont besoin de 75 kilomètres carrés dans les semi-déserts de Namibie. Le rhinocéros noir marque son territoire par ses excréments qu'il disperse avec ses pattes postérieures. Les domaines individuels se chevauchent souvent. Les voisins fréquentent ainsi les mêmes abreuvoirs, en revanche, les étrangers sont systématiquement chassés. Tout comme les éléphants, les individus d'une même famille communiquent entre eux par l'intermédiaire d'infrasons. Les mâles occupent leurs territoires presque toute l'année et n'en sortent pour aller s'abreuver régulièrement qu'à la fin de la saison sèche. Diurne, le rhinocéros noir est en général actif le matin et le soir et se repose aux heures chaudes durant lesquelles il se vautre fréquemment dans la boue et la poussière ce qui lui permet de se débarrasser d'une partie de ses parasites qui meurent encroûtés, voire sont prélevés par des tortues aquatiques. Les pique-bœufs achèvent cette besogne par un épouillage systématique de l'animal, principalement au niveau des oreilles et entre les cornes.

Le rhinocéros blanc occupe toujours, des espaces couverts, avec des fourrés et des arbres, à proximité d'espaces herbeux pour brouter, non loin d'un point d'eau. A Nakuru, vous les trouverez plutôt sur la partie orientale du lac. Le rhinocéros blanc est actif non seulement le matin et le soir comme son cousin, mais aussi une partie de la nuit. Il n'est pas très aisé de voir des rhinocéros blancs à Nakuru, car ils restent à couvert la journée. Territorial, le rhinocéros blanc mâle marque son domaine par des tas de crottes, mais tolère la présence de jeunes mâles. En revanche, s'il rencontre un mâle adulte à la limite de son territoire, il se lance immédiatement dans une parodie de combat. Si ce « bluff » n'est pas suffisant pour chasser l'intrus, le mâle territorial s'engage dans une lutte qui s'avère parfois mortelle pour un des protagonistes.

Adulte, le rhinocéros n'a pas de prédateurs. Nous ne connaissons jusqu'à présent qu'un unique témoignage d'attaque de lions sur un rhinocéros noir adulte et en bonne santé dans le parc d'Amboseli. Les hyènes et les lions s'en prennent parfois à un petit, mais la mère n'est jamais très loin et sa charge suffit à les dissuader. Le rhinocéros blanc est un géant débonnaire à tel point, qu'il y a quelques années, on s'aventurait à caresser ceux de Meru avant qu'ils ne soient, hélas, abattus, il faut dire que surveillez en permanence par des gardes, Ils étaient habitués à la présence humaine. Le rhinocéros noir est plus nerveux, mais il ne sort de sa passivité et de son indolence que lorsqu'il pressent un danger. Sa forte myopie ne lui permet pas de distinguer précisément la source de l'éventuel danger. Cet inquiet se lance à l'assaut de tout ce qui lui semble dangereux pour lui et sa progéniture. Il charge au galop et atteint 50 km/h ce qui est considérable vu la masse à déplacer. Si l'obstacle ne bouge plus ou si l'agresseur repéré se révèle inoffensif, ce pachyderme stoppe sa course et bifurque. En revanche, si le danger persiste, les charges suivantes se révèlent très dangereuses pour l'importun qui trouble sa quiétude.

Aujourd'hui, la survie des rhinocéros devient aléatoire. Malgré la signature de la convention de Washington par la majorité des pays touchés par la contrebande de la corne de rhinocéros, le trafic est loin d'être enrayé. En 1970, pour toute l'Afrique, on comptait environ 100000 rhinocéros dont 65000 Diceros bicornis; en 1980, 15000 rhinocéros noirs; en 1990, 3000 et en 1996, 2500 noirs et 7 571 ! blancs. En 1996, le rhinocéros noir (sous-espèce michaeli) n'est plus représenté que par 420 (maximum) individus au Kenya ce qui représente 88 % des effectifs de cette sous-espèce, 19 en Tanzanie (Ngorongoro) et un en Ethiopie plus 33 autres dans son ancienne aire de répartition. La sous-espèce minor ne compte plus qu'une dizaine d'individus dans le sud de la Tanzanie. La situation du rhinocéros blanc du nord est catastrophique, il n'en restait plus que 29 individus dans le parc national de Garamba au Zaïre et 2 ont été tués en 1996 et il se pourrait qu'en 1997, ils aient tous disparu.

Pourtant cette excroissance, si prisée par les hommes, n'est qu'une structure fibreuse kératinisée assez semblable à des poils, juchée sur une zone durcie du crâne. Il suffirait, semble-t-il, d'amputer le rhinocéros de ses « malheureuses cornes » pour le sauver. Cependant, le problème n'est pas aussi simple qu'il y paraît et ce pour quatre raisons :

• premièrement, les cornes repoussent comme un ongle ou un cheveu. Il faut les recouper régulièrement (en gros tous les 12 à 18 mois au Zimbabwe), la corne antérieure a une croissance moyenne de 6 cm par an et la postérieure de 3 cm, la croissance est d'autant plus rapide que l'individu est jeune;

• deuxièmement, le rhinocéros est un animal très anxieux, sujet au stress, supportant mal les anesthésies, même si aujourd'hui elles sont beaucoup mieux maîtrisées d'où l'extrême complexité pour le réimplanter dans un nouvel habitat.

• troisièmement, la corne est l'unique défense de la mère pour protéger son petit;

• quatrièmement, les braconniers sont capables de le tuer même pour un moignon de corne à peine repoussée comme cela a été observé en Afrique australe.

Nous ne pouvons pas savoir dans quelle mesure l'ablation des cornes augmenterait les velléités desrédateurs sur un animal jus- qu'alors épargné par eux. Pour les naturalistes opposés au « décornage » des rhinocéros, cette pratique diminuerait le taux de réussite de l'élevage des jeunes alors que pour les partisans de cette technique, il n'y aurait pas d'incidence sur le succès reproducteur de cette espèce. Cette technique est particulièrement testée au Zimbabwe.

La survie des rhinocéros est rendue d'autant plus problématique que la femelle ne donne naissance qu'à un seul petit, au terme d'une gestation très longue de 450 à 500 jours. L'intervalle entre les naissances réussies est en moyenne de 2 à 4 ans, période relativement longue qui ne facilite pas la prolifération des rhinocéros. La mère chasse son petit juste avant la mise bas suivante. Le nouveau-né est petit. Il ne dépasse pas 4 % environ du poids de la mère (40 kg pour le rhinocéros noir, 60 pour le blanc). Les mâles sont sexuellement matures entre 7 et 8 ans, mais ne se reproduisent qu'entre 10 et 12 ans, lorsqu'ils ont établi un territoire ou acquis un statut de dominant. Espérons que les programmes destinés à sauver cet animal porteront leurs fruits. Pour les rhinocéros d'Asie, il semble qu'il soit bien tard. La trop faible proportion d'individus survivants et les isolats laissent planer de gros risques sur ces espèces. Des études de la diversité génétique des rhinocéros noirs ont été conduites afin d'estimer le risque de consanguinité qui n'en est peut-être pas un. Les auteurs de ces travaux envisagent de croiser les rhinocéros noirs des différentes sous-espèces restantes pour augmenter la variabilité génétique des individus. Les dernières informations montrent que le braconnage des espèces de rhinocéros est en train de reprendre (Kenya, Afrique du Sud) et au train où vont les événements, l'avenir des rhinocéros est de plus en plus sombre.





Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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