L'hippopotame

Famille des Hippopotamidés

Les Hippopotamidés n'existent plus qu'en Afrique, où l'on rencontre deux espèces adaptées à des habitats différents, l'hippopotame nain (Hexaprotodon libe¬riensis) qui fréquente les forêts de préférence marécageuses et l'hippopotame amphibie (Hippo¬potames amphibies) qui occupe les prairies à herbe rase la nuit et S'immerge dans l'eau le jour. C'est ce dernier que l'on rencontre au Kenya et en Tanzanie. Naguère, il était réparti dans toute l'Afrique subsaharienne à l'exception de la corne de l'Afrique et de la plus grande partie de l'Afrique australe. L'hippopotame nain est de la taille d'un gros porc. Il mesure 80 cm au garrot pour un poids variant entre 200 et 275 kg. Il occupe uniquement les forêts d'Afrique occidentale du Liberia, de la Côte d'Ivoire, de la Sierra Leone et de la Guinée.

Troisième plus gros mammifère terrestre après l'éléphant et le rhinocéros blanc, l'hippopotame dépasse trois tonnes. Son corps, dodu et massif en forme de tonneau, est relié à une énorme tête posée sur un cou très court. Son énorme bouche s'ouvre selon un angle de 150°. Elle possède de grosses dents broyant les végétaux comme les fruits très coriaces du kigelia, le célèbre arbre à saucisses. Les deux canines inférieures qui ne servent en rien dans la mastication atteignent une taille considérable surtout lorsque les canines supérieures, qui assurent leur usure, font accidentellement défaut. Chez certains individus, elles dépassent un mètre. Incisives et canines sont sans racine fermée, leur croissance est donc continue (formule dentaire, I : 2/1-2, C : 1/1, PM : 4/4, M : 3/3). Leur ivoire est ainsi de bonne qualité et plus dur que celui des défenses d'éléphant. L'estomac est énorme, la grande courbure mesure plus de 4 mètres de longueur. L'intestin mesure 50 à 60 mètres de longueur, mais la vésicule biliaire et le caecum n'existent pas.

Les hippopotames sont amphibies, ils vivent sur terre et dans l'eau. Leur long thorax a la forme d'une barrique supportée par 4 pattes courtes et grosses. Les doigts de chaque pied s'écartent en éventail et sont réunis par une membrane interdigitale, l'hippopotame se sert de ses pieds comme des palmes. Ses orteils palmés et évasés permettent aussi de répartir uniformément le poids de l'animal et lui évite de s'enfoncer dans la boue ou dans la vase. La queue est courte et bat très rapidement contribuant ainsi aux changements de direction lors de la nage. Elle intervient aussi dans la dispersion des excréments et correspond alors à un moyen de communication. Capables de longues apnées (5 à 8 minutes), les hippopotames passent la majorité de leur temps dans l'eau flottant près de la surface et remontant périodiquement pour respirer. L'importance de la couche graisseuse sous-cutanée, qui atteint jusqu'à 50 cm d'épaisseur, est une caractéristique qui diminue la densité et facilite la flottaison.

L'hippopotame est incapable d'éviter l'augmentation de sa température interne pendant les heures chaudes, car il ne possède pas de système de thermorégulation efficace. Sa peau étant du reste très fragile, il ne supporte pas non plus de longues expositions au soleil. Au soleil, l'hippopotame se déshydrate 3 à 5 fois plus vite que l'être humain dans des conditions analogues. Son tégument produit un liquide visqueux et rougeâtre, exsudé par des glandes cutanées, que les populations locales prennent souvent pour du sang. Ce mucus rouge, ne laisse pas passer les ultraviolets. Il est aussi très riche en substances alcalines retenant l'eau et protège l'hippopotame du feu du soleil. Il aurait aussi des propriétés antibiotiques qui limiteraient les infections. Cette caractéristique expliquerait que les blessures parfois impressionnantes qu'ils se font lors de combats restent saines bien que l'hippopotame se vautre dans des bourbiers et des mares nauséabondes. L'hippopotame est visité par les pique-bœufs qui le débarrassent des différents parasites que sa peau héberge. Les poissons interviennent aussi dans le nettoyage et le déparasitage des hippopotames. Quand ces lourds pachydermes éprouvent le besoin de se faire nettoyer la bouche des restes de nourriture coincés entre leurs dents, ils s'immergent, gueule ouverte, et attendent la venue de poissons nettoyeurs. Certaines espèces sont spécialisées dans la consommation des parasites dans les plis de la peau alors que d'autres prélèvent ceux qui sont plus facilement accessibles. Les hippopotames servent aussi de perchoir à différents hérons, aux cormorans, à l'ombrette, aux ouettes voire, comme nous l'avons vu, à de jeunes crocodiles.

Piètre nageur, l'hippopotame se déplace pourtant aisément sous l'eau soit en marchant sur le fond soit en donnant une série de ruades avec ses pattes postérieures. Il est adapté au milieu aquatique. Comme le crocodile, ses yeux, ses narines et ses oreilles obturables sont situés sur le sommet de la tête ce qui lui permet d'observer l'univers de surface sans se faire repérer. Il est aussi complètement glabre hormis quelques poils autour de la bouche et à l'extrémité de la queue.

On rencontre des hippopotames dans les plans d'eau les plus divers : lacs, rivières, fleuves même à fort courant à condition qu'il y ait des berges plates nécessaires pour accéder aux prairies dans lesquelles ils pâturent. Paradoxalement, les hippopotames se nourrissent presque exclusivement de végétaux terrestres, et notamment de graminées rases, arrachant les racines avec leurs larges lèvres. L'excès de pâture provoque alors une érosion des sols fréquentés et les met parfois à nu. L'hippopotame à un « emploi du temps » bien précis : les activités diurnes se font dans l'eau et les activités nocturnes sur terre. Au crépuscule, les hippopotames gagnent la terre ferme où ils broutent 5 à 6 heures durant lesquels ils consomment entre 40 et 100 kg d'herbe. Ils sont suivis avant le coucher du soleil par des hérons garde-bœufs, des ibis sacrés qui profitent des invertébrés dérangés par le passage de ces mastodontes. Si, durant la saison des pluies, ils se nourrissent à proximité de la rive, ils effectuent jusqu’à 10 kilomètres à la saison sèche pour se sustenter. Au lac Baringo, au Kenya, les hippopotames viennent s'alimenter toutes les nuits du gazon du camping de Miss Roberts qui se trouve à côté du Baringo Lodge. Si vous sortez de vos tentes, évitez de vous mettre entre un hippopotame et le lac, il aurait l'impression que Vous lui coupez sa retraite et ris¬querait de vous charger.

La survie des hippopotames nécessite la présence de pâturages. Le long d'une rivière à hip¬popotames, ils tondent environ 3 km de berges de part et d'autre ce qui limite la propagation des feux de brousse et préserve les bosquets d'arbres qui s'y trouvent. Dans ses pérégrinations nocturnes, ce mastodonte les ménage. Ces arbres se développent alors progressivement au détriment de la prairie amenant une réduction des ressources alimentaires de l'hippopotame et la réduction de ses effectifs voire sa disparition. Le développement des arbres conduit à l'arrivée de nouveaux végétariens comme les éléphants et les girafes qui, en consommant les feuilles des arbres, diminuent nuent leur pouvoir d'extension. Comme les éléphants détruisent complètement les arbres, la prairie s'installe de nouveau et les hippopotames prospèrent. Ces cycles, observables par exemple au bord de la Mara (Masaï Mara), s'étendent sur de très longues périodes.

Lors des sécheresses, les hippopotames, restent dans l'eau qui devient bientôt qu'une mare de boue où ils cohabitent souvent avec des crocodiles. Cette boue devient tellement collante que certains restent prisonniers de cette gangue dans laquelle ils finissent par mourir si l'eau ne revient pas rapidement. Ainsi, au Botswana, en l'espace d'une sécheresse, une population de 120-130 hippopotames a été réduite à un seul individu. Les derniers survivants ont gagné la terre et sont morts très rapidement déshydratés. L'individu qui a survécu l'a fait en consommant les derniers brins d'herbe, mais surtout en mangeant le contenu stomacal d'un éléphant mort sur la berge tandis que dans le même temps les lions mangeaient les chairs.

Cet animal placide à l'apparence débonnaire se révèle dangereux aussi bien sur terre que dans l'eau. Avec le buffle et le crocodile, l'hippopotame est impliqué dans de nombreux accidents (pêcheur locaux, touristes, cinéastes...). Les combats entre mâles sont fréquents et violents comme en témoignent les cicatrices présentes sur les adultes, ils se terminent parfois par la mort d'un des protagonistes.

Lorsque les femelles donnent naissance, pendant les saisons des pluies, à un petit après une gestation d'environ 225 à 250 jours, elles se tiennent à l'écart du groupe. Le petit qui pèse à la naissance environ 45 kg naît en général dans de l'eau peu profonde et vient respirer immédiatement à la surface. Les jeunes sont élevés en crèche. Les femelles émettent des cliquetis sous l'eau pour appeler leurs petits pour la tétée. L'allaitement se déroule sous l'eau, la mère se couche alors sur le côté pour présenter ses mamelles. Le petit remonte à la surface toutes les deux minutes pour respirer. Les mères protègent leurs petits en les installant sur leurs dos lorsqu'elles se déplacent. Dans le groupe, les femelles occupent une place prépondérante. Elles forment des clans importants composés des mères et de leurs petits ainsi que de leurs filles déjà suitées; ils sont surveillés par un vieux mâle.

Les mâles dominants se répartissent les berges et marquent leurs territoires en beuglant. Ces territoires perdurent en général plusieurs années si les points d'eau sont stables et si le cours des rivières ne fluctue pas de façon importante. Devenus adultes, entre 4 et 5 ans, les jeunes mâles sont chassés du groupe. Incapables encore de lutter contre les mâles possesseurs de harem, ils forment des groupes de jeunes célibataires et attendent d'être suffisamment puissants (entre 8 et 11 ans) pour affronter les mâles dominants. En signe de soumission, les mâles subordonnés éjectent leurs excréments à la face des dominants. Avant de combattre, les mâles s'intimident en ouvrant la gueule, en beuglant et en grondant ce qui suffit généralement à écarter celui qui perçoit son handicap et se sent moins puissant. Dans l'environnement stable d'un lac, quelques mâles dominent des territoires comprenant femelles et petits pendant environ 8 ans alors qu'en rivière où l'environnement est beaucoup moins stable, les territoires changent de propriétaire au bout de quelques mois.

Très puissant, l'hippopotame a peu de prédateurs. A terre, seuls les lions présentent un danger certain pour un individu isolé. Dans l'eau, les crocodiles s'attaquent aux nouveau-nés. Mais aujourd'hui, c'est l'homme le plus grand danger pour l'hippopotame, mais pour l'instant, il n'est pas encore en voie de disparition. On estime son effectif à environ 157 000 individus dont environ la moitié en Afrique de l'Est. Sa population semble même avoir augmenté depuis 10 ans notamment en Tanzanie. Néanmoins, la limitation de commercialiser les défenses d'éléphant a déjà tour ne plus d'un braconnier vers le commerce des dents d'hippopotame. Ainsi en mai 1997, les douanes d'Orly ont saisi 840 kg de dents comprenant 1738 dents d'hippopotames, 1 défense d'éléphant et 4 dents de phacochère. Comme tous les animaux aquatiques, l'hippopotame a un rôle important dans l'équilibre naturel des plans d'eau dans lesquels il vit. Lorsqu'il défèque dans l'eau, il produit des engrais indispensables à la vie aquatique. Leur disparition, à cause du braconnage pour l'ivoire ou la viande, a fait que dans de nombreux endroits, les rivières sont devenues de véritables déserts.

Dans l'ancienne Égypte, il était le dieu Harem, fertilisante et esprit des eaux, capable de parler aux esprits du jour et de la nuit. Considéré comme les forces de la destruction à cause des ravages qu'il causait dans les plaines du bord du Nil, sa chasse était l'objet d'un grand rituel. Puis ses effectifs diminuant, il fut ensuite vénéré. La déesse Thouéris représentée par un hippopotame écoute les prières des femmes enceintes.

Le jour, l'hippopotame est d'un naturel farouche et vous risquez de n'apercevoir que ses oreilles et ses narines sauf au « bunker » de Mzima Springs à 20 km de Chyulu Gâte dans le parc de Tsavo Ouest. Cet observatoire permet de découvrir les hippopotames sous l'eau. Vous pouvez aussi en observer à Amboseli, au lac Nakuru, à l'hippo-pool de Masai Mara, à Meru, dans le Parc national de Nairobi, au lac Baringo, et près de l'île de Crescent Island dans le lac Naivasha et dans les parcs d'Arusha, de Manyara, de Mikumi et de Ruaha, dans le cratère de Ngorongoro et dans le Serengeti.




Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
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