L'hyène tachetée

Famille des Hyénidés

L'hyène tachetée, la plus commune des trois hyènes, est le plus abondant de tous les gros Carnivores ; elle occupe les terrains plats et découverts. C'est un animal puissant d'environ 70 à 90 cm au garrot pour un poids allant de 55 à 90 kg. La tête est massive, le museau fort, les oreilles grandes et arrondies et le dos légèrement tombant. La robe (qui va du grisâtre au jaune roux suivant l'origine géographique de l'animal, 6 sous-espèces ont été décrites) est parsemée de taches noires inégalement réparties. Sa démarche chaloupée et son dos légèrement tombant témoignent de la puissance de son avant-train. Ses fortes épaules, son large cou et sa tête massive sont en effet au service de terribles mâchoires qui seraient capables de tordre les mâchoires d'un piège à loup.

L'hyène tachetée est un habitant typique de tous les milieux à l'exception de la forêt humide, elle monte cependant jusqu'à 4 000 m d'altitude. Elle a été exterminée dans la plus grande partie de l'Afrique australe. C'est une espèce des savanes plutôt ouvertes.

Méprisées, considérées comme des animaux cruels et de vils charognards, les hyènes sont méconnues et on véhicule encore sur elles de nombreux stéréotypes. Réputée poltronne et lâche, l'hyène tachetée devient un prédateur audacieux et terriblement dangereux dès qu'elle chasse en groupe. Loin d'être un charognard exclusif comme on le croit encore trop souvent, l'hyène tachetée est un chasseur efficace et redoutable. Animal sociable, elle vit en société matriarcale, très hiérarchisée, dominée en général par une ou deux femelles, appelées femelles-alpha. Les hyènes tachetées vivent en clan d'environ 50 individus, souvent apparentés, et défendant un territoire de 10 à 30 kilomètres carrés qu'elles marquent de leur urine, de leurs crottes et des sécrétions de leurs glandes anales. Leur poche anale est un organe particulier. Située entre le rectum et la base de la queue, elle est réversible. Lorsqu’'une hyène se frotte à reculons sur une tige de graminées, la poche est retournée et elle dépose une matière blanche suivie d'une sécrétion noire un peu au-dessus. Ces marques odorantes sont répandues partout dans le territoire et plus particulièrement sur les frontières.

L'hyène tachetée est un animal qui communique constamment avec les autres membres du groupe par toutes sortes de sons (11 cris différents), de signes et de postures (cris stridents, ricanements de surprise, hurlements graves, prolongés avant une attaque... mais aussi par toute une série d'appels inaudibles pour l'oreille humaine). L'odeur est aussi une composante essentielle de leur sociabilité. Quand elles retournent à la tanière ou lorsqu'elles se croisent, les hyènes tachetées dressent la queue, se sentent et se lèchent mutuellement les parties génitales pour se reconnaître et limiter l'agressivité. Dans le groupe, les femelles sont non seulement plus imposantes que les mâles (environ d'un cinquième), mais elles ont aussi un ascendant sur eux, et cela limite probablement les actes de violence qu'ils pourraient perpétrer sur les petits. Les agressions et même les actes de cannibalisme sur un jeune, un faible ou un animal blessé ne sont pas rares au sein d'un clan. L'organisation sociale des hyènes tachetées dépend beaucoup de la densité des proies.

Le comportement territorial est particulièrement marqué dans le cratère du Ngorongoro où vivent quelque 470 hyènes et 25000 Ongulés résidents. Les 265 kilomètres carrés du cratère sont partagés en 7 territoires d'environ 30 kilomètres carrés, habités par un clan dont la taille est comprise entre 35 et 80 adultes. Aucun de ces territoires ne se chevauche et chaque clan patrouille sur ses frontières et les marque régulièrement. A Masaï Mara, les hyènes tachetées ont une distribution discontinue. Les territoires de savane herbeuse des différents clans où vivent les Ongulés sont séparés par des zones buissonnantes et boisées qui font office de zones tampon. Dans le Serengeti, l'hyène tachetée suit les Ongulés dans leur migration et des centaines d'hyènes établissent des territoires dans les plaines au moment des pluies. Quand les pluies cessent et que les herbivores gagnent les zones boisées, les hyènes ne peuvent lancer, à partir de leur territoire, des raids sur leurs proies qu'en pénétrant dans le territoire des clans rivaux. Ainsi, elles sont obligées de parcourir plus de 30 km pour arriver sur les lieux de chasse. Dans le Kalahari, certaines hyènes parcourent quotidiennement jusqu'à 80 km pour trouver de la nourriture ; les jeunes laissés par leur mère ne sont plus nourris, la mortalité devient alors élevée.

En voyant, pendant la journée des hyènes attendre avec les vautours que les lions terminent leur repas, on avait conclu, un peu vite, que cet animal était incapable de chasser et attendait que le lion ait terminé son repas pour finir les restes qu'il laissait. La réalité est beaucoup plus complexe que cela. En effet, dans bien des cas ce sont les lions qui, attirés par les hurlements poussés par les hyènes avant et pendant la chasse vont à leur rencontre pour leur dérober la proie qu'elles viennent de capturer. Le roi des animaux apparaît ainsi comme un vil charognard ! Inversement, les hyènes sont capables, lorsqu'elles sont en groupe, de mettre en fuite des lionnes ou un lion, jeune, faible ou blessé pour lui dérober sa proie. Les odeurs mises à part, les bruits des autres prédateurs et leurs proies mourantes attirent les hyènes. Selon des études récentes réalisées dans plusieurs parcs, on s'est aperçu que l'hyène tachetée obtenait entre 50 et 84 % de sa nourriture en chassant. La fréquence de la chasse semble dépendre de la quantité de charognes disponibles. Ainsi, dans le Serengeti, 53 % des proies sont tués par les hyènes et 33 % par les lions. En revanche, dans le Ngorongoro, les hyènes, plus nombreuses que les lions, tuent 84 % des proies et les lions que 6 %, mais ces derniers volent 20 % des proies des hyènes et sont responsables de 60 % des décès des hyènes.

Dotée d'un appétit féroce, l'hyène dévore tout ce qu'elle rencontre, charognes ou proies vivantes, elle s'attaque à un lion, à un être humain ou même à des congénères blessés, malades, faibles, ou jeunes, ou appartenant à un autre clan ou à une autre espèce comme l'hyène rayée. Grâce à ses puissantes mâchoires et à son appareil digestif, elle est capable d'ingurgiter n'importe quoi : de la viande faisandée, des os et de la peau. Néanmoins, ce régime l'oblige à avaler des crottes d'Ongulés et des plantes qui facilitent son transit intestinal. Les seules parties d'une proie qui ne sont pas digérables sont les cornes, les sabots, des morceaux d'os du crâne et les poils qu'elle régurgite sous forme de boulettes le plus souvent à côté de sa tanière. Cette façon particulière d'éliminer les déchets explique sans doute pourquoi les hyènes ne régurgitent pas de nourriture pour leurs petits comme le font la plupart des Carnivores.

L'hyène tachetée est le Carnivore qui tire le profit maximal de ses proies. Du fait de leur excellente vision nocturne, les hyènes chassent plutôt la nuit poursuivant les herbivores handicapés par une mauvaise perception nocturne du relief et par l'incapacité de courir vite sur de longues distances. Elles chassent aussi pendant les orages et réalisent de véritables carnages parmi les populations de gazelles qui sont gênées dans leur fuite lorsque les conditions atmosphériques sont perturbées. Les hyènes chassent aussi avec succès en plein jour. Si elles préfèrent la nuit, c'est surtout pour éviter la chaleur. La journée, on les rencontre souvent indolentes, en train de se vautrer dans la boue ou affalées sur le sol.

Comme le lycaon, faute de griffes développées, l'hyène est incapable de tuer rapidement sa proie. Elle la tue en lui arrachant des morceaux de chair aux endroits les plus fragiles. La technique de chasse des hyènes tachetées consiste à s'approcher de leur proie en se disposant en éventail, et en marchant en général contre le vent. Le premier assaut est destiné à faire éclater le troupeau et à déceler l'animal le plus faible. Curieusement, la plupart des Ongulés laissent approcher les hyènes plus près que les autres prédateurs. La chasse ne continue que lorsqu'elles en ont choisi un. Lors de la seconde attaque, après avoir forcé l'animal le plus vulnérable à la course, une des hyènes tente de l'immobiliser en lui saisissant une patte, ce qui permet aux autres de s'attaquer à son ventre. La bête est alors éviscérée et dévorée vivante dans un climat d'excitation générale. Les intestins, le foie, la rate, les reins et tous les viscères sont alors avalés goulûment. Parfois, une hyène s'introduit à l'intérieur de sa victime encore vivante et agitée des derniers spasmes. Ce spectacle d'un animal dévoré vivant est une des scènes les plus spectaculaires à voir d'autant que la mort ne sur- vient qu'après 5 à 10 minutes suivant la taille de l'animal et le nombre d'hyènes. Ainsi, un zèbre de Grant a été capturé et consommé complètement en 15 minutes par une meute de 38 hyènes. Sur les carcasses, les hyènes avalent rapidement le plus de viande possible (jusqu'à 14 kg en un repas !).

Bien qu'elles vivent en vaste clan, les hyènes tachetées chassent habituellement en groupe de 2 à 4 augmentant ainsi les chances pour que les groupes puissent localiser des troupeaux épars. Une seule hyène est capable, occasionnellement, de capturer un gnou adulte pesant jusqu'à 175 kg. Dès que l'animal est tué, les membres du clan qui se trouvent à proximité convergent pour la curée. Chasseur redoutable mais prudent et timide, l'hyène s'attaque à différents gibiers : gazelles de Thomson et de Grant, bubales, damalisques, et même gnous et zèbres. Quand une hyène chasse seule, elle s'attaque généralement à des proies de petite taille (gazelle de Thomson : 15 kg, jeune gnou : 30 kg). En revanche, dès que les hyènes chassent en groupe, elles se tournent vers des proies beaucoup plus grosses (gnous adultes : 200 kg, zèbres : 220 kg, voire buffles : 600 kg).

Les hyènes chassent tantôt en solitaires, tantôt au côté de plusieurs membres de leur clan. Cela dépend de la proie. Lorsqu'elles chassent une gazelle de Thomson, elles s'y mettent en général à 2 ou 3. Mais quand il s'agit d'attaquer un zèbre, il faut compter 11 hyènes en moyenne. La relation entre le taux de réussite e t le fait que la chasse s'effectue en solitaire est indéniable. Lorsqu’'une hyène solitaire, qui tente de s'emparer d'un jeune gnou, est assaillie e par la mère de celui-ci, l'hyène ne parvient jamais à tuer la proie. En revanche, lorsque les hyènes sont à plusieurs, elles parviennent à lui enlever sa progéniture. La mère gnou ne peut affronter qu'une seule hyène à la fois et pendant ce temps, sa progéniture est vulnérable aux assauts des autres hyènes. Une hyène seule a ainsi un taux de réussite de 18 % lorsqu'elle chasse un jeune gnou non protégé par sa mère, alors que ce taux sera de 32 % si les hyènes sont deux.

Durant les périodes de mise bas des Ongulés, les hyènes s'en prennent aux mères topis, bubales, gnous... et tentent de leur arracher des entrailles les petits en train de naître. Les hyènes excitées s'attaquent à l'animal par l'utérus et lui dévorent les entrailles. Les Masai prétendent même qu'une hyène blessée avec les intestins sortis mange ses propres entrailles quand elle n'est pas tout simplement dévorée par ses congénères. Au moment des naissances des gazelles de Thomson, les hyènes, sillonnent la savane à la recherche des jeunes faons qui demeurent cachés dans l'herbe. Comme ces faons léchés par leurs mères n'ont plus d'odeur, les hyènes recherchent au hasard ces proies faciles. L'hyène tachetée est essentielle dans le maintien de l'équilibre naturel puisqu'elle débarrasse aussi la savane des cadavres qui favoriseraient le développement des épidémies.

Au centre du territoire, en général sur une partie haute, se trouvent les tanières où les femelles donnent naissance à un ou deux petits (plus rarement 3 ou 4) après une gestation d'environ 3 mois et demi. La plupart du temps, les femelles se servent d'un terrier abandonné par un autre animal (souvent un oryctérope) qu'elles modifient et agrandissent suivant leurs besoins ; elles creusent plusieurs entrées connectées à une série de tunnels permettant aux petits d'échapper aux prédateurs. Dès qu'une tanière abrite des jeunes, elle devient aussitôt le centre de la vie sociale du groupe, néanmoins les mâles sont chassés de la proximité des jeunes à l'exception du mâle-alpha qui est parfois toléré. Les hyènes s'y rencontrent et les petits vont parfois rejoindre dans un autre terrier des compagnons de jeux du même âge. Les femelles du clan ont en effet l'habitude d'élever leurs petits dans une tanière collective, après avoir mis bas dans une tanière individuelle, mais chaque femelle ne, s'occupe que de sa progéniture.

Les petits de la femelle-alpha sont élevés et allaités dans une tanière séparée et ne se mélangent pas avec les autres jeunes ; souvent le plus fort élimine le plus faible. Les jeunes de la femelle dominante sont mieux nourris, grandissent plus vite et atteignent une taille moyenne supérieure et finalement arrivent à un statut social plus élevé que ceux des femelles non-dominantes. Les jeunes doivent leurs privilèges au fait que leur mère, la plus forte du clan, s'attribue plus de nourriture que les autres mères. Elle consomme plus d'os et, de ce fait, assure une lactation plus abondante et plus riche en calcium pendant plus longtemps, car les adultes ne ramènent pas de viande pour leurs jeunes. Ces derniers consomment néanmoins de la chair à partir de deux mois et demi. Les jeunes femelles restent dans le clan, les jeunes mâles le quittent autour de 2 ans, alors que les fils de la dominante restent dans le clan jusqu'à l'achèvement de leur croissance, soit vers l'âge de 3 ans et demi. Ainsi, les fils de femelles-alpha ont plus de chance d'accéder au statut de mâle-alpha dans un autre clan. Le statut de femelle dominante est acquis de haute lutte entre les différentes femelles du clan. Quand la dominante disparaît et que ses filles sont trop jeunes pour lui succéder, le clan perd sa cohésion, devient moins efficace dans les chasses, se fait envahir les frontières de son territoire par les clans voisins. Cette période chaotique dure parfois des mois. Une nouvelle dominante se détache à la suite d'une action de bravoure lors d'affrontement avec des clans voisins, lors de chasse ou de confrontation avec des lions.

Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Tél. 01 45 77 04 04 - Fax. 01 45 75 92 51
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