L'oréotrague sauteur

L'oréotrague (Oreotragus oreotragus) est une petite antilope à peine deux fois plus grosse qu'un lièvre. Haute de cinquante centimètres au garrot en moyenne, elle dépasse rarement 15 kg. C'est une créature à la fois gracile, vigoureuse et si agile dans les rochers qu'elle est aussi dénommée l'antilope saute-roche. L'oréotrague est menu et trapu. Le dos est arrondi, les pattes sont robustes et terminées par des sabots presque rectangulaires, grands, larges et longs, qui s'écartent, amortissant ainsi les chocs quand cette petite antilope se réceptionne sur les rochers après des bonds extraordinaires.

L'oréotrague habite l'Afrique de l'Est, des bords de la mer Rouge à l'extrémité de l'Afrique australe et le long de la côte de l'Angola. Sa répartition altitudinale s'étend de la bande côtière à 4500 m au sommet du mont Meru. Jadis cette antilope fréquentait les massifs montagneux du Sahara. L'oréotrague est particulièrement abondant sur les hauts plateaux d'Éthiopie.

Vous aurez peut-être du mal à observer cet animal dans son milieu naturel. Son pelage grossier et raide, blanc à la base, brun olive à brun jaune au milieu, jaunâtre au bout, imite parfaitement par cet assemblage de teintes à reflet verdâtre la roche granitique sur laquelle il évolue en général. Les oreilles sont longues et larges et l'intérieur très vascularisé. Cette hyper vascularisation lui permettrait de mieux entendre. Ces ramifications foncées se détachent sur le fond blanc de la face interne des oreilles. Associées aux grands yeux noirs entourés de blanc, aux lèvres et aux sourcils blancs à jaunâtres rompant le contour de sa tête, l'oréotrague est difficilement repérable sur un kopje (Lobo).

Actifs plutôt le matin et après les heures chaudes de l'après-midi, on rencontre les oréotragues en couple dans les rochers de toute nature, (granite, gneiss, schiste...), les collines, les amas de rochers et les éboulis ainsi que les montagnes jusqu'à 4500 mètres comme sur le mont Kenya. On l'observe parfois de petit groupe de 6 à 8 individus. L'oréotrague se nourrit de feuilles, de bourgeons, de fleurs, de fruits mais aussi de plantes herbacées qui entrent dans la moitié de son régime alimentaire. Il n'a pas besoin de quitter son refuge rocheux pour boire, car il trouve suffisamment d'eau dans les creux des rochers et en buvant la rosée.

L'oréotrague a comme prédateur le léopard, le caracal, le serval et surtout l'aigle de Verreaux très présent dans les kopjes. Il est aussi attaqué par des babouins, des chacals, des hyènes ou un python. Face à un agresseur, la fuite et son mimétisme sont ses seuls recours. Assailli, l'oréotrague s'enfuit en se laissant tomber, parfois de 6 à 7 mètres, et donne l'impression de rebondir sur les escarpements. Arrivé en bas, il escalade de nouveau la roche dans une course impressionnante quasi verticale, l'effet de surprise est souvent suffisant pour atteindre un endroit inaccessible pour ses assaillants. Le pelage grossier et épais est fourni, il possède la singularité de se détacher aisément. Il offre ainsi à l'antilope saute-roche deux avantages. D'une part, il atténue les chocs et protège l'oréotrague des blessures qu'il ne manquerait pas de se faire lorsqu'il dégringole des à-pic. D'autre part, il lui permet de fuir plus facilement en abandonnant dans la gueule ou les griffes de ses poursuivants des poils. La femelle donne naissance à un petit après une gestation de sept mois. En captivité, l'oréotrague vit une quinzaine d'années.




Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
Editions Cosmoppole & Editions Marcus
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Aquarelles de Jean-Paul MAYEUR