L'oryctérope

Famille des Oryctéropodidés

Massif, de la taille d'un porc, l'oryctérope (Orycteropus afer) est un curieux mammifère à la silhouette peu ordinaire. Haut de 60 à 65 cm pour un poids de 50 à 80 kg, l'oryctérope est le dernier descendant d'un groupe d'Ongulés primitifs né il y a quelque 65 millions d'années. Son dos est arqué. Sa tête conique est terminée par un museau allongé en groin dont les grandes narines protégées par une touffe de poils s'obturent. Les grandes oreilles nues et longues sont obturables et repliables et se dressent verticalement! Les membres de ce semi- plantigrade sont assez longs et puissants et les quatre doigts larges et robustes de ses pattes antérieures sont armés de terribles griffes. La peau épaisse est gris-rosé et nue, mise à part une plage clairsemée et raide sur les pattes et quelques favoris foncés chez le mâle et clairs chez la femelle. Le corps est terminé par une queue pendante, longue et musclée rappelant celle des kangourous.

L'oryctérope présente aussi une autre singularité. Il a longtemps été considéré comme un membre de l'ordre des Édentés où l'on englobait pêle-mêle les Mammifères terrestres n'ayant soit pas de dents antérieures, soit pas de dents du tout ou ayant des dents atrophiées sans émail. Ce regroupement s'est avéré contenir des espèces n'ayant que des parentés lointaines. Le zoologiste Bernard Heuvelmans a d'ailleurs consacré sa thèse de doctorat à la denture de cet « édenté » et mis en évidence ses particularités. Ses dents, sans racines, sont à croissance continue. Elles sont comme des faisceaux de petits tubes innombrables formés de prismes hexagonaux d'ivoire. La dent de l'oryctérope est tout bonnement une dent dans laquelle le nombre des tubercules (cuspides) de la couronne s'est multiplié en grande proportion. Chez l'hippopotame, on trouve 4 tubercules sur la couronne de la troisième molaire, on en compte 25 chez le phacochère et 1500 chez l'oryctérope! Ce dernier est donc désormais classé dans l'ordre des Tubulidentés dont il est le seul représentant.

On trouve l'oryctérope dans toute l'Afrique subsaharienne. De la savane sèche à la forêt pluviale, là où les sols sablonneux ou argileux sont faciles à creuser. Si le sol est trop dur, il migre vers des régions où la terre est plus meuble. Cependant, l'élément le plus important du milieu conditionnant sa présence est l'abondance des termites. Ce sont ces insectes qui constituent l'essentiel de sa nourriture même s'il mange aussi à l'occasion les champignons des termitières, des fruits, des fourmis, des criquets, des larves et même de petits vertébrés. Chaque nuit, l'oryctérope part en chasse de termitière en termitière. A l'aide de ses puissantes griffes, il creuse les nids, déloge les termites qu'il capture grâce à sa langue vermiforme, longue de trente centimètres et recouverte d'une épaisse salive gluante. Cette langue est un merveilleux outil pour la capture et l'ingestion des proies. Elle s'immisce dans les entrailles d'une termitière et englue les occupants dans sa salive poisseuse. Doté d'un odorat particulièrement fin, l'oryctérope repère aussi les termites lorsqu’ils se déplacent la nuit en longues colonnes. Il effectue, au cours d'une pérégrination nocturne, jusqu'à une trentaine de kilomètres à la recherche de ses insectes préférés! Il est très discret et nocturne; vous avez donc peu de chance d'apercevoir un oryctérope sauf peut-être après une nuit particulièrement froide, lorsqu'il se réchauffe au soleil devant son terrier aux premières heures de la journée, à moins que le hasard ne vous en fasse croiser un en pleine pérégrination nocturne dans la lueur de vos phares.

Si l'oryctérope est rarement visible, son existence est pourtant une véritable aubaine pour de nombreux animaux. Les lièvres, les petits Félidés, les civettes, les écureuils terrestres, les genettes, les porcs-épics, les protèles, les hyènes, les lycaons, les chauves-souris, les phacochères, les chacals, les varans et de nombreux oiseaux... se servent de son terrier comme refuge. Ce terrier comporte toujours un couloir de plusieurs mètres qui débouche à son extrémité sur une simple pièce ou sur un complexe beaucoup plus vaste. L'oryctérope aménage un véritable labyrinthe comptant un dédale de galeries et de pièces avec 20 ou 30 galeries différentes. Ce refuge est gardé en permanence propre, car l'oryctérope défèque toujours à l'extérieur dans un trou qu'il aménage spécialement à cet effet à l'entrée et qu'il recouvre de terre lorsqu'il est plein.
C'est un animal solitaire qui ne vit en couple que pendant la période de reproduction. Néanmoins, dans les régions où la densité est forte, il semble que plusieurs individus puissent partager le même terrier. La femelle donne naissance après une gestation de 7 mois à un petit qui naît entièrement nu et de couleur rose chair. Le jeune oryctérope reste dans le terrier 2 semaines avant d'accompagner sa mère dans sa quête de nourriture. Il lui faut cependant attendre 3 mois avant d'ingurgiter de la nourriture solide et quatre mois avant d'être sevré, mais il ne quitte définitivement sa mère que vers six mois pour le jeune mâle et pas avant un an pour la jeune femelle.

Face à un danger, l'oryctérope tente de rejoindre l'une des multiples entrées de son refuge ou essaie de se creuser un abri ou de s'enfouir complètement dans le sol. Acculé, il se défend avec ses épaules, sa queue ou se dresse en donnant des coups avec ses terribles griffes antérieures. Ses principaux prédateurs sont : l'homme qui le chasse parfois pour sa chair, les lions, les hyènes tachetées, les léopards et les pythons qui gobent surtout les petits.

 


Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie,
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Dessin de Jean-Paul MAYEUR